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<title>Après le Marché</title>
<description>Réflexions sur la surface du marché (et de l'écriture)</description>
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<lastBuildDate>Fri, 20 Nov 2009 09:52:14 +0100</lastBuildDate>
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<copyright>All Rights Reserved</copyright>
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<title>Créateur de la table</title>
<link>http://apreslemarche.blogspirit.com/archive/2009/11/18/createur-de-la-table.html</link>
<author>noreply@blogspirit.com (numbersix)</author>
<category>Apparition</category>
<pubDate>Wed, 18 Nov 2009 15:52:00 +0100</pubDate>
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&lt;p&gt;Logique du livre et logique du service ; dont il faut faire correspondre les intensités point par point, chose qui devient possible dès lors que l’auteur du livre que je suis devenu (et que je serai toujours dans cette manière de &lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://apreslemarche.blogspirit.com/archive/2009/09/01/inversion-des-blocs.html&quot;&gt;revenir sur mon monde&lt;/a&gt; comme un &lt;i&gt;revenant&lt;/i&gt;) s’accorde avec le &lt;i&gt;créateur&lt;/i&gt; de la table et de toutes les tables, avec la &lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://apreslemarche.blogspirit.com/archive/2009/09/29/couloir-de-service.html&quot;&gt;culmination du service&lt;/a&gt;, en ce milieu d’août, en ce centre du monde du service, en ce point d’intensité maximale qui distribue le monde entier et qui l’ouvre, où cela deviendra absolument ouvert, c’est-à-dire absolu, de connaître le lieu où sera placée cette table.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(Revenir sur le monde afin d’en inverser la logique, afin d’y affirmer doublement ma disparition et de déclarer ouverte la logique du monde suivant qui ne s’aligne pas avec le précédent mais qui s’impose tout seul, comme le monde qui reste (tandis que je &lt;i&gt;reste&lt;/i&gt;), comme la matière qu’il ne reste plus qu’à tirer de ce que, pour relever la logique du monde d’avant et l’inverser, il m’ait fallu revenir et disparaître comme l’inverse et non pas comme l’envers.)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je n’ai plus besoin de lieu particulier dès lors que je suis assuré d’être suivi et reconnu par &lt;b&gt;maître Toni&lt;/b&gt;. Avant de lire Badiou, j’avais écrit sur la &lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://apreslemarche.blogspirit.com/archive/2009/05/19/disparition-de-la-table.html&quot;&gt;disparition de la table&lt;/a&gt;, qui était devenue le support de l’impossibilité de nommer l’événement de la continuité de l’écriture, et j’avais alors réussi, une fois parvenu à ce point du monde où la question, avec ou sans la table, était simplement celle d’écrire ou de ne pas écrire, à maîtriser le support, c’est-à-dire à en devenir proprement l’auteur, en plus que d’être l’auteur de l’écrit ;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;c’est-à-dire qu’en plus du vide sur lequel je savais que je devais m’appuyer pour écrire (la fente dans la table et la face unique de la contingence qu’elle était) j’avais réussi à &lt;i&gt;reconnaître&lt;/i&gt; la disparition de la table, en mon seul nom et au nom de l’apparition de ma seule écriture (de reconnaître cette disparition étant, en quelque sorte, mon nom d’auteur et mon droit d’auteur), et à faire ainsi, au nom de la disparition de la table irremplaçable pour mon écriture – au nom de sa trace –, de toute table une table possible pour écrire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J’étais ainsi parvenu au &lt;i&gt;point de mon monde&lt;/i&gt; où la disparition de la table se confondait avec la décision d’écrire et j’avais maîtrisé ce point. Je m’étais affranchi de la tyrannie de cette table et de la domination de son chiffre, et je m’étais fait l’auteur de toute future table contingente sur laquelle j’allais pouvoir écrire. Mais c’était avant de rencontrer enfin le &lt;i&gt;créateur de la table&lt;/i&gt;, celui qui ne la trouvait pas &lt;i&gt;dans&lt;/i&gt; le monde, pour qui elle n’était pas contingente, mais qui l’avait libérée de l’étendue du monde et de son système de coordonnées, et qui convenait à ma logique d’écriture en ceci que, alors même qu’il est essentiel que celle-ci soit située et trouve un lieu où poser sa croix, l’affranchissement de cette croix et de cette localisation (de cette contingence) ne se faisait pas, aux mains &lt;b&gt;de maître Toni&lt;/b&gt;, n’importe comment, comme si, en me libérant de la nécessité de me placer, il me perdait, mais en vertu de l’intensité du service qu’il maîtrisait.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L’intensité de mon écriture a absolument besoin de la contingence de la table, c’est-à-dire de sa matière première, pour se développer (elle qui n’est qu’une enveloppe), à moins que je ne trouve, dans le &lt;i&gt;créateur de la table&lt;/i&gt;, une intensité absolument symétrique à la mienne, et que je ne reconnaisse que ce n’est pas tant le lieu du monde et le plan de la table qu’il me faut, mais la réaction sous-jacente du service (comme si en appuyant sur la table, c’était bien mon écriture que je produisais d’un côté, mais c’était surtout la force du service que je suscitais par réaction de l’autre – action et réaction, ou la physique des supports). Or, voici qu’avec &lt;b&gt;maître Toni&lt;/b&gt;, j’en détenais le point absolu, le créateur, à condition qu’il me suivît.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je ne suis plus seulement l’auteur de la table, celui qui a nommé sa disparition, mais j’ai maintenant conclu un accord avec le &lt;i&gt;créateur de la table&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;* * * * *&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je parle d’écriture et de cette forme majeure de disparition, de cette poursuite continuelle de l’inversion de l’intensité du monde (pour cette raison, bien plus forte qu’un envers), de cette logique du livre qui est en tout point l’inverse de celle du monde, et pour preuve, ma &lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://apreslemarche.blogspirit.com/archive/2009/09/22/inversion-des-blocs-ii.html&quot;&gt;disparition récente&lt;/a&gt; de la maison Khalil, ou mon parcours des &lt;i&gt;points de ce monde&lt;/i&gt; à la manière d’un revenant, dont on peut dire qu’elle n’est ni plus ni moins que la répétition universelle, et non pas générale, de la manière d’écrire un livre : si mon monde devait devenir un livre, et par là même illustrer la façon dont tout monde peut devenir un livre, c’est ma disparition récente, due à l’apparition de l’auteur d’un livre majeur, de la maison Khalil, qui est pour moi, absolument, le &lt;i&gt;point du monde&lt;/i&gt; où celui-ci se retourne pour devenir un livre, et qui n’est pas une simple décision interne au monde.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je me suis déjà réfugié à l’envers du monde des apparaissants, dans la fente de la table sur laquelle j’écrivais, à la manière de l’insecte. J’avais découvert l’entrée à ce monde inverse, la pénétration de la matière et l’introduction en son sein, le complément de matière qu’était cette &lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://apreslemarche.blogspirit.com/archive/2009/05/28/la-fente-iv.html&quot;&gt;fente&lt;/a&gt;, et j’avais poussé l’intensité de ma pénétration jusqu’à entraîner, suivant ma logique de disparition, celle de la table entière. Mais je n’avais pas encore découvert le monde dont la logique était absolument l’inverse de celle de l’écriture. Je m’étais arrêté à la disparition comme seul plan (en premier lieu, celle de la table), et je n’avais pas encore bien analysé que la table d’écriture (celle qui m’a été depuis longtemps préparée ou celle qui m’attend à toute occasion) était avant tout un objet du &lt;i&gt;monde du service&lt;/i&gt;, et qu’à toute écriture était nécessaire, en plus de l’écrivain et de la table sur laquelle il s’appuyait, le monde du service de laquelle cette table relevait.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L’écriture est une disparition. À toute écriture son service de table ; et je peux même compléter cette logique en énonçant qu’à toute disparition (dont l’envers est une apparition) est également nécessaire un service. Ainsi, à la disparition du fils de Philippe Y., le service funèbre. Une table, dressée là aussi, où l’on dessert &lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://apreslemarche.blogspirit.com/archive/2009/11/16/disparition-d-un-enfant.html&quot;&gt;l’enfant disparu&lt;/a&gt; et où apparaissent tous ces gens, selon la même logique inexorable.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Car c’est bien cela qu’opère le maître de cérémonie, le prêtre qui officie le service funèbre, le créateur de ces tables-là où l’on écrit, c’est-à-dire où l’on disparaît et où disparaissent les enfants. Ce qu’il nous sert, c’est, en substance, le rite, ou la routine, de la disparition de l’enfant, selon la logique du monde religieux, ou tout simplement, funèbre. Il nous sert la manière d’accepter la disparition de l’enfant et d’y croire – je dirais, phénoménologiquement, la manière de &lt;i&gt;voir&lt;/i&gt; cette disparition.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;* * * * *&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Or, je suis allé vers cette logique du service funèbre, ce matin-là, en passant d’abord par la table de Faqra et la culmination du service ; le matin d’une journée ordinaire (d’écriture) qui commençait seulement, mais qui serait extraordinaire comme toutes les autres, à condition que j’en capture, dès le matin, point par point, toute la logique, et pourquoi pas, ce matin-là, celle d’un enfant disparu.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quelle différence cela fait-il ? Comment, à partir de cette table matinale où se correspondaient l’intensité de l’écriture et celle du service, aller vers le service funèbre, faire l’aller-retour Faqra-Beyrouth pour ce service-là et, le même jour, le soir, l’aller-retour Faqra-Baalbek pour un service de scène d’une autre nature, mais dont la logique est peut-être similaire : pour assister à &lt;i&gt;La Traviata&lt;/i&gt;?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
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<title>Disparition d'un enfant</title>
<link>http://apreslemarche.blogspirit.com/archive/2009/11/16/disparition-d-un-enfant.html</link>
<author>noreply@blogspirit.com (numbersix)</author>
<category>Apparition</category>
<pubDate>Mon, 16 Nov 2009 12:15:00 +0100</pubDate>
<description>
&lt;p&gt;La logique conduit l’apparition. Cela veut dire que si, dans la même journée dont la matinée avait été occupée par le service funèbre&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(où l’on a desservi un enfant et dont tout le tableau et toute la cérémonie reviennent à nous laisser croire à cette disparition et carrément à nous la faire &lt;i&gt;voir&lt;/i&gt;, en la remplaçant par une foule d’apparaissants, par la convocation de toute la troupe de personnes qui avait existé dans la vie de Philippe Y. et qui existait ce jour-là d’autant plus intensément et de manière d’autant plus concentrée que son enfant n’existait plus ;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;ce qui veut dire qu’en ce point d’échange, en ce &lt;i&gt;point du monde&lt;/i&gt; qu’est le service funèbre, c’est à la fois l’apparition de la foule de personnes et la disparition de l’enfant qui prennent leur sens, et d’ailleurs, ce sens est le même sens, puisque l’enfant disparu n’est que l’envers de cette foule qui apparaît ;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;si bien que l’on peut aussi bien profiter de l’occasion pour croire à la disparition de l’enfant (à son inexistence) que pour croire à l’apparition (à l’existence) de cette foule d’amis ; la logique de l’existence étant assez pointue et assez différentielle (assez discriminante) pour dire que si l’enfant disparaît, c’est que ces personnes apparaissent ;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;et même, quelque chose de l’événement de la disparition de l’enfant se transmettra et se traduira dans l’événement de l’apparition de cette foule, au point qu’il sera permis de croire qu’aussi peu que l’enfant était disparu de tout temps, cette foule était apparue de tout temps ;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;en ce &lt;i&gt;point du monde&lt;/i&gt;, la disparition de l’enfant et l’apparition de la foule ont la même intensité ; voilà la logique d’échange des êtres chers et des gens du marché : ces gens existaient aussi peu que l’enfant était disparu, et ils existent aujourd’hui aussi sûrement que l’enfant a disparu),&lt;/p&gt; &lt;p&gt;si, dans cette même journée, nous mettons donc la croix de la géographie sur le site de Faqra, ce lieu de la culmination du service où l’intensité du service est maximale et pour cette raison ne dépend plus de la localisation spatiale (car c’est le lieu où se trouve &lt;b&gt;maître Toni&lt;/b&gt;, le créateur de table), c’est-à-dire que je peux commencer cette journée sur une table servie par &lt;b&gt;maître Toni&lt;/b&gt; et m’orienter de là vers le &lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://apreslemarche.blogspirit.com/archive/2009/09/29/couloir-de-service.html&quot;&gt;service funèbre&lt;/a&gt;,&lt;/p&gt; &lt;p&gt;et si, après l’aller-retour Faqra-Beyrouth, nous ordonnons un aller-retour Faqra-Baalbek dans la logique d’apparition d’une foule de personnages qui seront ceux de &lt;i&gt;La Traviata&lt;/i&gt;, alors il faudra s’attendre à ce que ces personnages en effet apparaissent et que l’opéra suive son cours,&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;sinon que&lt;/i&gt; le lieu ne sera pas n’importe lequel et que, malgré l’opéra, les &lt;i&gt;étants-là&lt;/i&gt; de ce lieu devront faire une apparition propre, à savoir le muezzin dont la voix est effectivement à sa place (à la différence de mon voisin de derrière qui parlait à voix haute) et le chat qui a traversé la scène, derrière les artistes, sans se précipiter, puisque la place était la sienne et que, de toute évidence, on le dérangeait. (Or, le chat est le maître de l’apparition et de la disparition. Chez Lewis Carroll, ce n’était plus qu’un sourire.)&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;* * * * *&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais pour &lt;i&gt;revenir&lt;/i&gt; à la cérémonie funèbre (comme si celle-ci ne se déroulait pas déjà toute entière sous le signe du &lt;i&gt;revenant&lt;/i&gt; : non pas de l’enfant disparu, mais de l’&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://apreslemarche.blogspirit.com/archive/2009/09/01/inversion-des-blocs.html&quot;&gt;écrivain&lt;/a&gt; de la cérémonie – car la cérémonie n’est que cela : une écriture, une logique de disparition en marche, un retour sur l’intensité du monde d’avant la mort pour l’inférer et l’inverser), le fait notable en a été qu’en matière d’apparition, la cérémonie s’est mesurée toute entière (je veux dire, en intensité) à l’apparition &lt;i&gt;des oreilles décollées&lt;/i&gt; de Philippe Y., dont la logique à mes yeux est antécédente à l’enfant disparu, et même je peux raisonner que tout ce tour du monde (car le monde nous joue ici un tour et prend un tour particulier) n’aura été prévu que pour que je recherche ces oreilles, et qu’elles m’apparaissent.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ma première pensée a ainsi été que les oreilles décollées de Philippe Y., légendaires et connues de tous, et qui devançaient Philippe dans la logique de l’apparaître et l’y introduisaient proprement, l’y sélectionnant parmi tous (car c’était un objet avéré du monde où j’ai vécu, et parmi les amis que j’ai connus, que l’&lt;i&gt;atome d’apparaître&lt;/i&gt; qui avait pour nom « oreilles décollées apparaissant dans le tableau de mes connaissances » existait bien et admettait Philippe comme son élément réel), ont fini par « servir ».&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et par cela j’entendais que, non contentes de le désigner parmi la foule de personnes que je connais de ce monde (ce qui s’appelle le « monde que je connais ») et de le faire apparaître quand elles apparaissaient – Philippe étant reconnaissable à ses oreilles avant que d’être connu dans l’absolu –, c’était aujourd’hui, en ce jour de service funèbre qui portait un enfant disparu et qui était assuré de faire apparaître Philippe et de développer dans le même mouvement toute la logique des personnes qui existaient pour lui, qu’elles ont le mieux servi ;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;car c’était aujourd’hui qu’on voulait reconnaître Philippe avant toute chose, c’était lui qu’on voulait voir en premier et lui qu’on voulait détacher de la foule, et c’était aujourd’hui que, les oreilles décollées prenant tout leur sens d’oreilles décollées quand elles se détachent du visage et se détournent de lui (c’est-à-dire qu’elles apparaissaient le mieux, en vérité, quand on regarde Philippe par derrière), elles allaient remplir au mieux leur office, puisque, la cérémonie étant funèbre et Philippe étant le premier servi, c’est-à-dire qu’il était aux premiers rangs et que c’était son enfant qu’on desservait, nous allions, en arrivant, fatalement devoir le reconnaître par derrière, et c’était alors que, parmi des rangées de têtes tournées et de nuques indiscernables, les oreilles décollées de Philippe allaient s’épanouir, absolument distinctes et absolument reconnaissables.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;* * * * *&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et c’est ainsi que la pensée m’a saisi que j’avais, dans mon existence, beaucoup plus vu apparaître les oreilles de Philippe que je n’ai vu disparaître son enfant, si bien que cette cérémonie, dont le point, disais-je, était de livrer cette réversibilité entre le disparaître et l’apparaître (l’apparition de tous ces gens-là prenant ici le même sens, sans doute le seul qu’elle prendra jamais, que la disparition de l’enfant ; ce phénomène intense, conduisant le même courant entre l’apparaître et le disparaître, étant en définitive la seule chose qu’on voyait ici vraiment), a bien failli, dans mon esprit, pencher pour l’apparaître des oreilles beaucoup plus que pour le disparaître de l’enfant, et que j’ai pu, un moment, en considérant cette foule rassemblée et en ne me préoccupant pas de la cause de son rassemblement (car dans l’apparaître, plusieurs logiques peuvent avoir cours, et un spectateur du tableau de cette foule rassemblée dans cette église peut très bien, en effet, voir les oreilles de Philippe et ne voir que ça, et en particulier ne pas voir l’enfant disparu), penser que cette cérémonie pourrait n’avoir été prévue que pour ça, et que ce qui y était servi, positivement cette fois – alors que l’enfant l’était négativement, puisqu’il n’était que desservi – ce n’était ni plus ni moins que les oreilles de Philippe, en un mot, qu’elle pouvait s’intituler « cérémonie du service des oreilles de Philippe » (or, justement, c’est là qu’elles serviront), aussi bien, sinon mieux, que « cérémonie funèbre pour un enfant mort ».&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et même, ces oreilles m’étaient tellement familières, et je me réjouissais tellement de les avoir trouvées aux premiers rangs de cette cérémonie ce jour-là, et ainsi d’avoir reconnu Philippe, qu’il s’établissait là pour moi une sorte de point de reconnaissance absolue, un apparaître qui n’était pas seulement d’un objet extérieur, mais de ma propre vie, une reconnaissance et une appropriation de mon propre monde autour de ces oreilles, autour de ce point de logique du monde, au point que je ne comprenais plus comment cet &lt;i&gt;atome d’apparaître&lt;/i&gt; – ces oreilles si évidentes qu’elles créaient-là Philippe en toute occasion et recréaient mon monde autour de lui – avait pu se surcharger d’un enfant (d’autant moins que celui-ci était disparu, aujourd’hui).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C’était hier, avant-hier, et le jour d’avant, que Philippe avait eu ses oreilles, et c’était encore aujourd’hui qu’il les avait ; c’est-à-dire qu’il les avait chaque jour et tous les jours, dans la répétition de cet apparaître élémentaire qui ne concernait que mon monde et que la logique qui faisait que j’y connaissais Philippe, alors à quel moment un enfant avait-il trouvé le temps de s’y introduire, pire encore, d’y disparaître ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans ma connexion immédiate avec les oreilles de Philippe, dans le flash de leur apparaître, soudain l’enfant, que je n’ai vu ni naître, ni que j’ai pu connaître, ni mourir, n’avait plus de place ; et j’avais encore moins la mienne parmi ces gens-là, dans cette cérémonie-là, puisqu’elle était prévue pour faire apparaître la disparition d’un enfant et que cet enfant, j’en étais resté au stade où je ne le connaissais pas, ni ne pouvais le reconnaître.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;* * * * *&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les oreilles de Philippe Y. me faisaient revenir dans ce monde où je connaissais Philippe et ne connaissais que lui et ne lui connaissais que ces oreilles ; revenir, encore une fois, à la manière d’un &lt;i&gt;revenant&lt;/i&gt;, d’un écrivain, qui pouvait juger, parmi les points d’intensité du monde, de ceux qu’il allait garder pour inverser la logique et déployer celle-ci pour ce monde-là, et de ceux qu’il allait rejeter. C’est-à-dire que l’écrivain jouit du double pouvoir de disparition, celui de reconnaître les inapparaissants du monde, l’envers des apparaissants, et celui de faire disparaître le monde entier dans le point de logique qui n’est pas un &lt;i&gt;point du monde&lt;/i&gt; mais simplement le point où, depuis le monde, on inverse et on infère sa logique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je pouvais ainsi, en vertu de ma connexion immédiate avec les oreilles de Philippe, mieux, en vertu du retour au monde et à la reconnaissance de Philippe qui disait combien ces oreilles en étaient l’élément principal (au point que j’ai pu penser que toute la cérémonie n’aurait été prévue, dans son organisation particulière, dans les rangées de nuques et de paires d’oreilles qu’elle aurait pris le soin d’aligner ce jour-là avec celles de Philippe, qu’à la fin de faire éclore, de la manière la plus reconnaissable, leur caractère particulier, leur identité particulière – leur existence, aurait dit Badiou), faire mieux que reconnaître la disparition de l’enfant (son inexistence qui ne serait que l’envers de son existence), je pouvais faire mieux que voir que cet enfant, qui existait dans ce monde, n’y existait plus : je pouvais faire que cet enfant n’aura jamais existé, ni pour moi, ni pour mon monde, ni pour ma logique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une inexistence qui serait plus forte que celle d’inexister &lt;i&gt;dans&lt;/i&gt; un monde, car elle ne se ferait pas par la logique du monde mais par le &lt;i&gt;point d’inversion&lt;/i&gt; de la logique. Elle se ferait par la réversibilité des mondes et des logiques qui est le propre de l’écrivain. Simplement, en décidant que cette cérémonie ne serait que celle de l’apparaître des oreilles de Philippe, puis en inversant cette intensité afin de ne plus reconnaître que ces oreilles, enfin en disant qu’en ce point-là, par ces oreilles, pour ces oreilles, un enfant n’aura jamais été.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
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<title>Rencontre avec le dernier écrivain</title>
<link>http://apreslemarche.blogspirit.com/archive/2009/11/09/le-dernier-ecrivain.html</link>
<author>noreply@blogspirit.com (numbersix)</author>
<category>Immanence</category>
<pubDate>Mon, 09 Nov 2009 14:16:00 +0100</pubDate>
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&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;J’ai voulu franchir, avec le &lt;i&gt;dernier écrivain&lt;/i&gt;, le pas au-delà de la &lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://apreslemarche.blogspirit.com/archive/2008/11/18/credit-et-equite-de-la-pensee-de-l-absolu.html&quot;&gt;conversion du crédit en équité&lt;/a&gt;. J’ai fini par le rencontrer après l’inversion du point de la surface, un peu comme si je disais (en appliquant ma logique dernière de l’&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://apreslemarche.blogspirit.com/archive/2009/09/01/inversion-des-blocs.html&quot;&gt;inversion du globe&lt;/a&gt;) que je l’avais rencontré en Australie.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;Je l’ai rencontré dans le virtuel, comme si j’étais &lt;i&gt;revenu&lt;/i&gt; de le rencontrer et non pas que j’étais allé à sa rencontre. La dette, le livre, le titre, la signature, le crédit, étaient alors derrière nous, et il ne nous restait que le pur processus, aucune autre obligation que celle de &lt;i&gt;partir&lt;/i&gt; de là, dans la future infinie différentiation de la surface. Aucun compte à rendre, aucun compte-rendu de lecture.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;Le &lt;i&gt;dernier écrivain&lt;/i&gt; avait dit de lui-même qu’il était la banque centrale du goût, et ainsi, dans la correspondance que j’établis désormais entre mon traitement de l’écriture et du sujet du marché (mon traitement du marché à partir du biais des produits dérivés), je dirai que cette rencontre avec le &lt;i&gt;dernier écrivain&lt;/i&gt; était enfin le test de mon implémentation du modèle de l’écriture, de même que j’avais dit que la rencontre avec la &lt;a href=&quot;http://apreslemarche.blogspirit.com/archive/2009/06/09/retour-a-sydney.html&quot;&gt;banque australienne&lt;/a&gt; était le test de l’implémentation du modèle du marché.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;Je suis enfin &lt;i&gt;arrivé&lt;/i&gt; peut-on dire&amp;nbsp;; mon processus d’écriture a trouvé son aboutissement (sa destination). C’est comme si je disais que mon manuscrit a été accepté. Sauf que, justement, il ne l’a pas été. Entre le &lt;i&gt;dernier écrivain&lt;/i&gt; et moi, cela ne s’est pas joué sur le titre, le volume, et sur la valeur faciale. Cela ne s’est pas fait suivant la logique habituelle du crédit. Car les choses ne sont pas aussi faciles. J’ai dépassé l’âge et le point d’être accepté sur la foi d’un titre. J’ai rencontré la banque, l’éditeur, avant de rencontrer le succès et avant que ce qui me destinait là (à savoir, avant toute chose, mon écrit) ne connaisse une issue.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: center;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot; align=&quot;center&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;* * * * *&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;Je rencontre donc le banquier central de la littérature &lt;i&gt;après l’écrit et après l’écriture&lt;/i&gt;, après le cercle qui aurait pu nous lier (et qui aurait été qu’il acceptât mon manuscrit et qu’il acceptât de le publier)&amp;nbsp;; c’est-à-dire que l’écrit est derrière nous. Je rencontre l’éditeur, la banque&amp;nbsp;; nous parlons&amp;nbsp;; un processus s’engage dont plus rien n’est assuré, dont on ne sait plus où il va et s’il doit converger vers la valeur faciale, celle qui reviendrait, encore une fois, à publier. Par cette conversion et ce retournement, le processus est libéré dans l’action.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;Nous avons traversé l’intervalle vide et le point aléatoire, le point de hasard absolu qui a été celui de notre rencontre dans le salon du livre, le point où je ne pensais plus à mon manuscrit et où tout le poids du futur processus m’est tombé dessus. Comme je n’avais plus d’obligation ni même d’attente, c’est moi seul qui devais faire le premier pas et décider d’aller voir le &lt;i&gt;dernier écrivain&lt;/i&gt; pour rien, ne le voir ni sur la base du crédit ni sur la base du souvenir (du passif)&amp;nbsp;: mais rien que sur la base de l’opportunité pure, d’une reconnaissance mutuelle de nos deux personnes qui n’était plus une reconnaissance de dette. Que peut-être une telle reconnaissance sinon une reconnaissance de partenariat&amp;nbsp;?&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;Passé ce premier point, ce pur événement de la rencontre qui était &lt;i&gt;vidé&lt;/i&gt; de tout prétexte (car je n’avais rien, entre les mains, qui me menait au &lt;i&gt;dernier écrivain&lt;/i&gt; et qui m’obligeait à lui parler), la remarque s’impose qu’à mon stade, à mon âge, à mon degré de différentiation, les choses ne peuvent plus être aussi simples et aussi simplistes qu’une circonstance où l’éditeur accepterait un manuscrit envoyé, mais que tout devra être absolument à refaire à partir de là : je devrai participer au risque et à l’entreprise de l’éditeur, au même titre que lui participerait à la mienne.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;On peut dire que j’abstrais là, à la manière de Brian Massumi, cette chose qui se passe et qui passe entre la &lt;i&gt;forme du contenu&lt;/i&gt; et la &lt;i&gt;forme de l’expression&lt;/i&gt; quand celles-ci se rencontrent. Le manuscrit n’est-il pas justement l’exemple par excellence de contenu&amp;nbsp;; et l’éditeur n’est-il pas l’outil de l’expression de ce contenu ? Réciproquement, le &lt;i&gt;dernier écrivain/éditeur&lt;/i&gt; n’est-il pas la banque&amp;nbsp;: lui-même le marché, lui-même le contenu&amp;nbsp;; et ne viens-je pas à lui équipé de ma technologie d’écriture révolutionnaire et de l’outil d’écriture et d’expression du marché ?&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;Il y aurait ainsi une dualité. Toute rencontre entre contenu et expression, tout événement, aurait ainsi lieu selon cette logique où un auteur aurait déposé un manuscrit et où il viendrait rencontrer l’éditeur, qui aura alors l’obligation de rendre le manuscrit ou de le publier, au minimum d’en parler.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: center;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot; align=&quot;center&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;* * * * *&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;Il n’y a plus de titre ici autre que celui de la symétrie de l’échange et de la contingence. Je dois m’éloigner du processus de la possibilité disjointe au moins autant que je m’en étais éloigné avec la banque australienne, et&amp;nbsp;«&amp;nbsp;diverger&amp;nbsp;» au moins autant dans le virtuel. Je dois sortir de là et me &lt;i&gt;tirer&lt;/i&gt; de là en me disant qu’il n’y aura au bout du compte sans doute aucun livre et aucune livraison, aucune implémentation. Et je dois me préparer à l’&lt;i&gt;éternel retour&lt;/i&gt;, celui qui me réservera le virtuel comme l’unique place de mon extension, ou plutôt de mon intension.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;Ainsi, dans mon processus inversé, où ce ne sont plus les livres et les livraisons et les rédemptions qui comptent mais ce point aléatoire, cette case vide qui a, sans matière aucune, cimenté le sens entre le &lt;i&gt;dernier écrivain&lt;/i&gt; et moi et qui a fait que nous avions quelque chose à nous dire, un sens à faire passer de l’un à l’autre, quelque chose à voir et à faire ensemble, quand bien même cela ne devrait aboutir qu’au retirement de tout sujet et qu’à la pure &lt;i&gt;imposition&lt;/i&gt; du lieu comme la seule chose qui a lieu&amp;nbsp;; dans ce processus inversé qui n’est lié par aucune valeur globale ou faciale et qui n’a pour lui que la pure différentiation locale, je dirai ainsi que la valeur se mesure quand même à ce qui a été créé là : à ce qui a été différentié là. Car pouvais-je rêver, il y a encore un an, qu’un tel point de rencontre, qu’une telle proximité entre le &lt;i&gt;dernier écrivain&lt;/i&gt; et moi était possible ? (Justement j’en ai rêvé, et à mon habitude, j’ai réalisé mon rêve.)&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;Comme le dit ma plus ancienne lectrice, le sillon de la différentiation se creuse plus bas et plus profondément que la face. Quel mauvais positionnement et quelle mauvaise perspective que d’orienter tout le processus de rencontre avec le &lt;i&gt;dernier écrivain&lt;/i&gt; vers l’unique livraison d’un manuscrit ! (Grâce à Dieu, nous avons franchi ce stade, nous avons percé cette face.) Quel appauvrissement de mon œuvre, que celle-ci soit passée ou à venir, que de la soumettre au seul conduit du livre et de la publication ! Quand j’ai l’avantage, au contraire, d’avoir rencontré le &lt;i&gt;dernier écrivain&lt;/i&gt; et de pouvoir dire que tout, à partir de là, va pouvoir commencer&amp;nbsp;: que puisque la couverture et le livre sont rejetés derrière nous, alors nous pourrons, dans le vide qui s’ensuit, dans la navette du point aléatoire, tous les deux affronter la question du devenir de la littérature et du lieu où il faut la prendre. (Cela me sera peut-être réservé, puisque je suis vierge de toute littérature, sauf de celle que je n’ai pas connue, ou alors seulement par la mort de Raja B.) Et j’aurai réussi à faire adopter mon point de vue au &lt;i&gt;dernier écrivain&lt;/i&gt; et même à le faire s’exprimer à partir de là&amp;nbsp;: le point de vue de la conversion en équité et de la crise du crédit.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;Je ne pouvais espérer meilleure méthode pour accrocher le &lt;i&gt;dernier écrivain&lt;/i&gt; à la roue dentée de ma machine à écrire, à l’endroit (ou plutôt, à l’envers) précis où se fracture chez moi indéfiniment le processus de l’écriture et où s’intensifie sa pointe en même temps que s’étend son domaine, que celle où je le rencontre en toute liberté, en ayant rejeté le passif derrière nous, en déclarant que le commencement aurait lieu après le passif&amp;nbsp;: en le transformant ainsi en actif et en action.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;J’aurai peut-être fini par trouver ma destination&amp;nbsp;; et au lieu de converger vers une face ou vers une dette (vers une rédemption), j’aurai, comme prévu, convergé vers un échange, vers une substitution. Car la face du &lt;i&gt;dernier écrivain&lt;/i&gt; se substitue en réalité à celle de Raja B.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;Je veux bien reconnaître que tout mon processus d’écriture passé (et passif) n’aura eu pour but que de me mener au &lt;i&gt;dernier écrivain&lt;/i&gt; et que, comme c’est avec Raja B. que mon écriture avait commencé, voilà que c’est le &lt;i&gt;dernier écrivain&lt;/i&gt; qui va en être l’&lt;i&gt;autre commencement&lt;/i&gt;, justement pour la raison qu’il se substitue à Raja B., justement pour la raison que je le rencontre &lt;i&gt;après&lt;/i&gt; le krach de l’écriture et que le krach de 87 a déjà été, comme je l’ai dit, l’autre commencement de l’écriture des produits dérivés. Il a été le saut auquel se destinaient la machine de l’écriture et la technologie entière d’écriture des produits dérivés.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;Ainsi devrais-je prendre le &lt;i&gt;dernier écrivain&lt;/i&gt; à la lettre, abandonner le fragment qui n’est que la «&amp;nbsp;période de l’écrit de crise&amp;nbsp;» et me plonger dans l’essai. Ainsi devrais-je écrire, comme le &lt;i&gt;dernier écrivain&lt;/i&gt; le dit, un livre qui pourrait être lu, même par lui.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;Un livre lu par lui, un livre pour lui. Lui l’éditeur sorti du crédit, lui la banque convertie en &lt;i&gt;livre de la banque et du marché&lt;/i&gt;. Une commande donc : la sienne. Un livre pour l’écriture du marché et pour la banque centrale de la littérature. Un livre qui sera &lt;i&gt;pour lui&lt;/i&gt; plus qu’il ne le pense, et qui ne sera plus lu que comme un &lt;i&gt;traité&lt;/i&gt; (comme on dit qu&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;e les titres sont &lt;i&gt;traités&lt;/i&gt; sur le marché)&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;. Un &lt;i&gt;essai&lt;/i&gt; de la conversion et de l’inversion.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
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<title>Le lieu d'écrire</title>
<link>http://apreslemarche.blogspirit.com/archive/2009/10/28/le-lieu-d-ecrire.html</link>
<author>noreply@blogspirit.com (numbersix)</author>
<category>Immanence</category>
<pubDate>Wed, 28 Oct 2009 08:15:00 +0100</pubDate>
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&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;Qui mieux que moi aura habité le point de l’écriture, c’est-à-dire le &lt;i&gt;point de la ligne&lt;/i&gt; ? Toute une orientation dans ce point, comme lorsqu’on dit qu’on «&amp;nbsp;fait le point&amp;nbsp;», tout un tour du monde. Que s’exprime ici tout le paradoxe d’habiter un point, ainsi que celui d’être passé par l’explosion infiniment lente de la ruine&amp;nbsp;!&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;Je pensais déjà que le processus de l’écriture se poursuivait dans une direction alternative à celui des possibles, et c’est sans doute aujourd’hui que je recule le plus vers le point de l’embranchement de l’alternative, vers le point où l’on se détourne du possible et même du processus temporel pour s’enfoncer dans le lieu de la phrase et dans la géographie du livre&amp;nbsp;: le point d’arrêt où se différentie tout juste le processus de l’écriture.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;Et c’est tout à coup un point que je ne peux plus habiter autrement que dans l’arrêt et dans l’angle absolu, dans l’arête qui casse le fil de l’écriture et rend on ne peut moins assurée sa continuation. Un point où sont enroulés, on l’aura compris, tous les angles et toutes les futures cassures de l’écriture et qui est le même, en tant que phénomène d’habitation et d’extension de l’habitude, que celui qui m’avait fait reconnaître l’exploration des aspérités de la &lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://apreslemarche.blogspirit.com/archive/2008/12/19/rue-visconti.html&quot;&gt;rue Visconti&lt;/a&gt; comme l’expression de la probabilité de cette ligne si droite si improbable.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;Il arrive un moment (ou devrais-je dire, un &lt;i&gt;lieu&lt;/i&gt;) où je m’approche le plus de l’arrêt/arête du moteur de l’écriture, comme si, en reculant encore, en me retirant encore sur la plage/page de l’écriture, devant la presse de la ruine et ce phénomène de différentiation immanente qui avait de moins en moins d’espace où s’articuler en dehors de son propre &lt;i&gt;local&lt;/i&gt; (c’est-à-dire de son propre lieu), je me trouvais acculé en ce dernier point où la topologie dégénère en un point justement, où l’écriture ne suit plus le probable ou le brisé, &lt;i&gt;où elle ne se laisse plus aller&lt;/i&gt;, mais où elle s’accumule toute entière dans un point, dans une énorme irrégularité qui devient ici une singularité, et où ce ne sont plus les sujets qui m’inspirent, ce n’est plus la surface qui m’interdit de respirer, ce n’est plus la ruine qui me presse et qui me comprime, ce n’est plus l’hôtel qui me retire et ce n’est plus le livre qui m’emporte ou qui l’emporte, mais c’est la fente de la table qui désormais arrête tout et suspend tout et décide tout et définit tout&amp;nbsp;: elle est l’arrêt du tribunal, la sentence de l’écriture.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;Quand je me trouvais sur le champ de ruines et que j’avais écrit parmi ses blocs de pierre, la métaphore qui s’est imposée à moi fut celle d’être descendu d’un degré au-dessous de mon plan de travail et de m’être enfoncé dans la matière même de la table – je me déplaçais alors parmi ses éléments –, si bien que je n’écrivais plus alors sur la table mais &lt;i&gt;dans&lt;/i&gt; la table. Or, la métaphore devient aujourd’hui littérale, et l’arrêt de l’écriture, la dégénérescence de la topologie de l’habitation de l’écriture, sont tels aujourd’hui qu’il ne me vient plus comme «&amp;nbsp;nom de domaine&amp;nbsp;» de l’écriture, ou comme possibilité de son extension, comme lieu où s’étend, ou plutôt recule, pour venir à moi et m’emporter, la vague de l’écriture, que la &lt;i&gt;fente de la table&lt;/i&gt; ;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;il ne me vient plus que l’intérieur même de la table, cette plus proche et cette plus immédiate correspondante de la ligne de l’écriture&amp;nbsp;; si bien que, dans cette fusion et dans cet arrêt et dans cette dégénérescence, c’est la matière et le support et le lieu et l’habitation qui deviennent confondus et la question de l’écriture recule même jusqu’à son hésitation première : jusqu’au moment, insoutenable, où la nécessité d’écrire se combine si bien avec l’absence et la désertion de tout sujet que cela ne donne plus, comme possibilité d’habitation et de demeure, que celle d’être pressé par la ruine, et d’autre liquidité (ou source, ou provenance, ou inspiration) que la &lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://apreslemarche.blogspirit.com/archive/2009/05/28/la-fente-iv.html&quot;&gt;fente même de la table&lt;/a&gt;.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: center;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot; align=&quot;center&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;* * * * *&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;Il existe un générateur à la base de tout processus. Pour les processus stochastiques, ceux dont les possibilités sont disjointes, on parle de générateur aléatoire ; pour le processus d’écriture, je parlais plutôt d’habitation, de la prise de pied et du positionnement du trader dans le vide de la fourchette, dans la case vide, qui n’a pour se soutenir que l’inverse d’une probabilité, l’inversion du chemin de la probabilité (prouvabilité, lisibilité) ordinaire de l’algorithme qui va de la possibilité vers le prix à travers la réplication&amp;nbsp;: une inversion qui ne lui laisse d’autre choix, pour maintenir l’attachement et la réplication, que d’aller écrire et publier la dernière ligne de différentiation, celle des options exotiques, si bien que le générateur ici n’est plus aléatoire mais devient la générativité même de l’écriture, le processus de différentiation.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;Tandis que pour ce processus parvenu à son arrêt, pour mon enchaînement à la table de l’écriture et mon asservissement absolu à sa matière comme mon seul et dernier sujet, je ne trouve d’autre terme pour en nommer le générateur que celui de la dégénérescence totale de toute la topologie de l’écriture et de l’espace où écrire&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;La topologie : ou la science de la disposition ou proximité relative des sites et des lieux, indépendamment de toute considération de taille et de distance métrique – c’est-à-dire que ce n’est ni la longueur de la fente exprimée en centimètres, ni sa largeur exprimée en millimètres, ni son orientation par rapport à ma page exprimée en degrés d’angle, ni même sa proximité de mon cahier, exprimée quant à elle dans une grandeur que je voudrais intensive et non pas extensive, en degrés de température donc, comme lorsqu’on dit, à mesure que l’on s’approche de l’objet de sa quête, que «&amp;nbsp;ça devient chaud et que ça brûle&amp;nbsp;» : ce ne sont pas toutes ces grandeurs et toutes ces mesures qui comptent, encore que la dernière ne soit pas cardinale et s’approche déjà des préoccupations d’une topologie&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;(car j’avais envie de dire que la fente serait distante de mon cahier, ou qu’elle en serait proche, non pas d’une certaine distance métrique, mais d’un certain nombre de plis et même de multi-plis, d’un intervalle qui ne serait pas mesurable par un nombre ou par la multiplication d’une unité de compte mais par une &lt;i&gt;multiplicité&lt;/i&gt;, d’un intervalle qui s’exprimerait par un chiffre plutôt que par un nombre, par un code d’accès, si bien que, non plus des centimètres ou des mètres, mais plusieurs tables pouvaient séparer mon cahier de cette fente, comme c’est le cas aujourd’hui, et ne pas m’empêcher de penser à cette fente, ou plutôt, de penser &lt;i&gt;à partir d’elle&lt;/i&gt;, et ne pas empêcher mon écriture de provenir d’elle, ces tables qui m’en sépareraient ne se comptant pas ainsi en nombre de distance mais en nombre de plis, et mesurant ainsi entre la fente et mon cahier, non pas un espace strié, mais un degré de complication, une certaine facilité ou uniformité ou génération ou différentiation de la phrase, qui doivent avoir lieu entre la fente et mon cahier, c’est-à-dire qu’elles doivent se passer et s’espacer – l’intervalle entier de mon inspiration se mesurant peut-être désormais en degrés de cet espace-là – avant que la phrase, qui provient de la fente, ne coule dans mon cahier),&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;ce ne sont pas ces mesures qui comptent, mais le genre de l’espace et l’ordre de ses singularités, à savoir que dans le plan où courent et d’où me proviennent les pensées, il importera aujourd’hui de savoir qu’il y a une coupure, non pas une strie ou un pli, mais un gouffre, un vide, une fente, qui n’explique pas plus comment les pensées me viennent ni d’où elles proviennent.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: center;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot; align=&quot;center&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;* * * * *&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;Dégénérescence de la topologie de l’écriture et effondrement en un seul point de son espace d’habitation. Après le lieu de l’être et l’habitude/habitation d’Heidegger, ne chercherais-je pas le lieu d’habitation de l’être qui écrit, le &lt;i&gt;topos&lt;/i&gt; de l’écriture qui ne peut qu’être dégénéré selon la métrique appropriée à l’être, et qui n’est même pas la case vide du non-sens qui redistribue le sens, mais une singularité d’une espèce pire encore, un arrêt qui a quitté même la surface&amp;nbsp;? (À une époque, je parlais de la surface comme renfermant une multiplicité d’arêtes.) En un mot, un craquement de la surface, un krach, l’ouverture du vide (ainsi la fente serait-elle un saut dans le vide), le saut déchirant auquel se destine la technologie de l’écriture.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;Ainsi, si la fente pose, depuis le lieu le plus proche topologiquement de mon cahier, depuis le lieu qui s’est précipité sur mon cahier dans la dégénérescence même de la topologie, la question de la provenance de l’écriture, c’est bien que, à travers l’espace de la fente qui n’est celui que de la communication avec le vide et qui n’est que l’écho, qui n&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;’est que&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;la répétition de mes lignes, non pas dans le vide, mais par le vide (Que serait la destination de lignes répétées par le vide&amp;nbsp;?), cette question de la provenance peut se détourner – ainsi la répétition par le vide, l’écho, serait-il un véhicule de détournement – en celle de la destination de la technologie et de sa complétion.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;Cette fente serait ainsi le moment de mon krach, l’instant du détournement de mon processus d’écriture vers les aspérités et les détails et les gouffres de la surface, ceux-là mêmes qui m’ont donné à lire l’improbabilité et la rareté de la rue Visconti comme une ligne parfaitement pénétrable et probable, c’est-à-dire que je dois me tourner vers l’aventure de la réalité empirique et vers le risque ;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;et c’est l’instant où je rencontre celui que j’appelle le &lt;i&gt;dernier écrivain&lt;/i&gt;, au cœur de la fente et du craquement donc, et où je considère comme le cœur du marché, et je dirais même, comme son générateur, comme sa genèse, le processus de la conversion, qui n’est pas une différentiation supplémentaire du réel, mais une transformation de tout le réel.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;Le &lt;i&gt;dernier écrivain&lt;/i&gt; est-il la fente, la dégénérescence de la topologie, où est-il le krach, l’autre commencement ? Comment détourner mon processus vers lui ? Comment mesurer les retards et les avances ? Le rencontré-je trop tôt ou trop tard ? S’agit-il de soulever un poids ou de laisser tomber une entreprise&amp;nbsp;? S’agit-il de sauter dans le vide ou de traverser une fente, c’est-à-dire un craquement ? S’agit-il de rencontrer mon destin ou d’en explorer, à l’inverse, la provenance ? Toutes ces considérations de topologie : fentes, traîtresses, dégénérescence, plis, multi-plis, tables et établis, sont-elles les extrémités auxquelles je me trouve réduit ? Comment faire repartir l’histoire après cette croix et dans quel sens ?&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;Disons que ce n’est pas un krach, que la torsion ne sera pas ici celle de l’échange, que je ne vais pas m’ouvrir à la réalité empirique. Il me faut trouver dans l’arrêt et dans la dégénérescence et dans ce point que j’habite autre chose que l’attente du roman. Refaire partir l’histoire à partir de la température initialement fusionnelle de la conversion. Méditer la crise dans un autre espace que celui de l’histoire ou celui du marché.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;Je parlais de l’aboutissement de ma technologie comme d&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;’u&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;ne mesure de l’histoire qui prendrait toute celle de &lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://apreslemarche.blogspirit.com/archive/2009/11/09/le-dernier-ecrivain.html&quot;&gt;ma rencontre avec le &lt;i&gt;dernier écrivain&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;. Elle donnerait un sens qui ne sera concerné que par la topologie (c’est-à-dire par les fentes et par les plis et les torsions) à mon introduction dans l’enceinte de la Grande Maison. Car enfin, en m’en tirant avec un livre, en trouvant le lieu d&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;’écrire&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;et en revenant à la Place, ce n’est pas dans un livre que je suis entré, mais dans une maison.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;!--[if gte mso 10]&gt; &lt;mce:style&gt;&lt;!    /* Style Definitions */  table.MsoNormalTable         {mso-style-name:&quot;Tableau Normal&quot;;         mso-tstyle-rowband-size:0;         mso-tstyle-colband-size:0;         mso-style-noshow:yes;         mso-style-parent:&quot;&quot;;         mso-padding-alt:0cm 5.4pt 0cm 5.4pt;         mso-para-margin:0cm;         mso-para-margin-bottom:.0001pt;         mso-pagination:widow-orphan;         font-size:10.0pt;         font-family:&quot;Times New Roman&quot;;         mso-ansi-language:#0400;         mso-fareast-language:#0400;         mso-bidi-language:#0400;}   &gt; &lt;! [endif] &gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot; mce_style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;Qui mieux que moi aura habité le point de l’écriture, c’est-à-dire le &lt;i&gt;point de la ligne&lt;/i&gt; ? Toute une orientation dans ce point, comme lorsqu’on dit qu’on «&amp;nbsp;fait le point&amp;nbsp;», tout un tour du monde. Que s’exprime ici tout le paradoxe d’habiter un point, ainsi que celui d’être passé par l’explosion infiniment lente de la ruine&amp;nbsp;!&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot; mce_style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;Je pensais déjà que le processus de l’écriture se poursuivait dans une direction alternative à celui des possibles, et c’est sans doute aujourd’hui que je recule le plus vers le point de l’embranchement de l’alternative, vers le point où l’on se détourne du possible et même du processus temporel pour s’enfoncer dans le lieu de la phrase et dans la géographie du livre&amp;nbsp;: le point d’arrêt où se différentie tout juste le processus de l’écriture.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot; mce_style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;Et c’est tout à coup un point que je ne peux plus habiter autrement que dans l’arrêt et dans l’angle absolu, dans l’arête qui casse le fil de l’écriture et rend on ne peut moins assurée sa continuation. Un point où sont enroulés, on l’aura compris, tous les angles et toutes les futures cassures de l’écriture et qui est le même, en tant que phénomène d’habitation et d’extension de l’habitude, que celui qui m’avait fait reconnaître l’exploration des aspérités de la &lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://apreslemarche.blogspirit.com/archive/2008/12/19/rue-visconti.html&quot; mce_href=&quot;http://apreslemarche.blogspirit.com/archive/2008/12/19/rue-visconti.html&quot;&gt;rue Visconti&lt;/a&gt; comme l’expression de la probabilité de cette ligne si droite si improbable.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot; mce_style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;Il arrive un moment (ou devrais-je dire, un &lt;i&gt;lieu&lt;/i&gt;) où je m’approche le plus de l’arrêt/arête du moteur de l’écriture, comme si, en reculant encore, en me retirant encore sur la plage/page de l’écriture, devant la presse de la ruine et ce phénomène de différentiation immanente qui avait de moins en moins d’espace où s’articuler en dehors de son propre &lt;i&gt;local&lt;/i&gt; (c’est-à-dire de son propre lieu), je me trouvais acculé en ce dernier point où la topologie dégénère en un point justement, où l’écriture ne suit plus le probable ou le brisé, &lt;i&gt;où elle ne se laisse plus aller&lt;/i&gt;, mais où elle s’accumule toute entière dans un point, dans une énorme irrégularité qui devient ici une singularité, et où ce ne sont plus les sujets qui m’inspirent, ce n’est plus la surface qui m’interdit de respirer, ce n’est plus la ruine qui me presse et qui me comprime, ce n’est plus l’hôtel qui me retire et ce n’est plus le livre qui m’emporte ou qui l’emporte, mais c’est la fente de la table qui désormais arrête tout et suspend tout et décide tout et définit tout&amp;nbsp;: elle est l’arrêt du tribunal, la sentence de l’écriture.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot; mce_style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;Quand je me trouvais sur le champ de ruines et que j’avais écrit parmi ses blocs de pierre, la métaphore qui s’est imposée à moi fut celle d’être descendu d’un degré au-dessous de mon plan de travail et de m’être enfoncé dans la matière même de la table – je me déplaçais alors parmi ses éléments –, si bien que je n’écrivais plus alors sur la table mais &lt;i&gt;dans&lt;/i&gt; la table. Or, la métaphore devient aujourd’hui littérale, et l’arrêt de l’écriture, la dégénérescence de la topologie de l’habitation de l’écriture, sont tels aujourd’hui qu’il ne me vient plus comme «&amp;nbsp;nom de domaine&amp;nbsp;» de l’écriture, ou comme possibilité de son extension, comme lieu où s’étend, ou plutôt recule, pour venir à moi et m’emporter, la vague de l’écriture, que la &lt;i&gt;fente de la table&lt;/i&gt; ;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot; mce_style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;il ne me vient plus que l’intérieur même de la table, cette plus proche et cette plus immédiate correspondante de la ligne de l’écriture&amp;nbsp;; si bien que, dans cette fusion et dans cet arrêt et dans cette dégénérescence, c’est la matière et le support et le lieu et l’habitation qui deviennent confondus et la question de l’écriture recule même jusqu’à son hésitation première : jusqu’au moment, insoutenable, où la nécessité d’écrire se combine si bien avec l’absence et la désertion de tout sujet que cela ne donne plus, comme possibilité d’habitation et de demeure, que celle d’être pressé par la ruine, et d’autre liquidité (ou source, ou provenance, ou inspiration) que la &lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://apreslemarche.blogspirit.com/archive/2009/05/28/la-fente-iv.html&quot; mce_href=&quot;http://apreslemarche.blogspirit.com/archive/2009/05/28/la-fente-iv.html&quot;&gt;fente même de la table&lt;/a&gt;.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-align: center;&quot; mce_style=&quot;text-align: center;&quot; align=&quot;center&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot; mce_style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;* * * * *&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot; mce_style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;Il existe un générateur à la base de tout processus. Pour les processus stochastiques, ceux dont les possibilités sont disjointes, on parle de générateur aléatoire ; pour le processus d’écriture, je parlais plutôt d’habitation, de la prise de pied et du positionnement du trader dans le vide de la fourchette, dans la case vide, qui n’a pour se soutenir que l’inverse d’une probabilité, l’inversion du chemin de la probabilité (prouvabilité, lisibilité) ordinaire de l’algorithme qui va de la possibilité vers le prix à travers la réplication&amp;nbsp;: une inversion qui ne lui laisse d’autre choix, pour maintenir l’attachement et la réplication, que d’aller écrire et publier la dernière ligne de différentiation, celle des options exotiques, si bien que le générateur ici n’est plus aléatoire mais devient la générativité même de l’écriture, le processus de différentiation.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot; mce_style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;Tandis que pour ce processus parvenu à son arrêt, pour mon enchaînement à la table de l’écriture et mon asservissement absolu à sa matière comme mon seul et dernier sujet, je ne trouve d’autre terme pour en nommer le générateur que celui de la dégénérescence totale de toute la topologie de l’écriture et de l’espace où écrire&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot; mce_style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;La topologie : ou la science de la disposition ou proximité relative des sites et des lieux, indépendamment de toute considération de taille et de distance métrique – c’est-à-dire que ce n’est ni la longueur de la fente exprimée en centimètres, ni sa largeur exprimée en millimètres, ni son orientation par rapport à ma page exprimée en degrés d’angle, ni même sa proximité de mon cahier, exprimée quant à elle dans une grandeur que je voudrais intensive et non pas extensive, en degrés de température donc, comme lorsqu’on dit, à mesure que l’on s’approche de l’objet de sa quête, que «&amp;nbsp;ça devient chaud et que ça brûle&amp;nbsp;» : ce ne sont pas toutes ces grandeurs et toutes ces mesures qui comptent, encore que la dernière ne soit pas cardinale et s’approche déjà des préoccupations d’une topologie&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot; mce_style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;(car j’avais envie de dire que la fente serait distante de mon cahier, ou qu’elle en serait proche, non pas d’une certaine distance métrique, mais d’un certain nombre de plis et même de multi-plis, d’un intervalle qui ne serait pas mesurable par un nombre ou par la multiplication d’une unité de compte mais par une &lt;i&gt;multiplicité&lt;/i&gt;, d’un intervalle qui s’exprimerait par un chiffre plutôt que par un nombre, par un code d’accès, si bien que, non plus des centimètres ou des mètres, mais plusieurs tables pouvaient séparer mon cahier de cette fente, comme c’est le cas aujourd’hui, et ne pas m’empêcher de penser à cette fente, ou plutôt, de penser &lt;i&gt;à partir d’elle&lt;/i&gt;, et ne pas empêcher mon écriture de provenir d’elle, ces tables qui m’en sépareraient ne se comptant pas ainsi en nombre de distance mais en nombre de plis, et mesurant ainsi entre la fente et mon cahier, non pas un espace strié, mais un degré de complication, une certaine facilité ou uniformité ou génération ou différentiation de la phrase, qui doivent avoir lieu entre la fente et mon cahier, c’est-à-dire qu’elles doivent se passer et s’espacer – l’intervalle entier de mon inspiration se mesurant peut-être désormais en degrés de cet espace-là – avant que la phrase, qui provient de la fente, ne coule dans mon cahier),&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot; mce_style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;ce ne sont pas ces mesures qui comptent, mais le genre de l’espace et l’ordre de ses singularités, à savoir que dans le plan où courent et d’où me proviennent les pensées, il importera aujourd’hui de savoir qu’il y a une coupure, non pas une strie ou un pli, mais un gouffre, un vide, une fente, qui n’explique pas plus comment les pensées me viennent ni d’où elles proviennent.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-align: center;&quot; mce_style=&quot;text-align: center;&quot; align=&quot;center&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot; mce_style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;* * * * *&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot; mce_style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;Dégénérescence de la topologie de l’écriture et effondrement en un seul point de son espace d’habitation. Après le lieu de l’être et l’habitude/habitation d’Heidegger, ne chercherais-je pas le lieu d’habitation de l’être qui écrit, le &lt;i&gt;topos&lt;/i&gt; de l’écriture qui ne peut qu’être dégénéré selon la métrique appropriée à l’être, et qui n’est même pas la case vide du non-sens qui redistribue le sens, mais une singularité d’une espèce pire encore, un arrêt qui a quitté même la surface&amp;nbsp;? (À une époque, je parlais de la surface comme renfermant une multiplicité d’arêtes.) En un mot, un craquement de la surface, un krach, l’ouverture du vide (ainsi la fente serait-elle un saut dans le vide), le saut déchirant auquel se destine la technologie de l’écriture.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot; mce_style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;Ainsi, si la fente pose, depuis le lieu le plus proche topologiquement de mon cahier, depuis le lieu qui s’est précipité sur mon cahier dans la dégénérescence même de la topologie, la question de la provenance de l’écriture, c’est bien que, à travers l’espace de la fente qui n’est celui que de la communication avec le vide et qui n’est que l’écho, qui n&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot; mce_style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;’est que&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot; mce_style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;la répétition de mes lignes, non pas dans le vide, mais par le vide (Que serait la destination de lignes répétées par le vide&amp;nbsp;?), cette question de la provenance peut se détourner – ainsi la répétition par le vide, l’écho, serait-il un véhicule de détournement – en celle de la destination de la technologie et de sa complétion.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot; mce_style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;Cette fente serait ainsi le moment de mon krach, l’instant du détournement de mon processus d’écriture vers les aspérités et les détails et les gouffres de la surface, ceux-là mêmes qui m’ont donné à lire l’improbabilité et la rareté de la rue Visconti comme une ligne parfaitement pénétrable et probable, c’est-à-dire que je dois me tourner vers l’aventure de la réalité empirique et vers le risque ;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot; mce_style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;et c’est l’instant où je rencontre celui que j’appelle le &lt;i&gt;dernier écrivain&lt;/i&gt;, au cœur de la fente et du craquement donc, et où je considère comme le cœur du marché, et je dirais même, comme son générateur, comme sa genèse, le processus de la conversion, qui n’est pas une différentiation supplémentaire du réel, mais une transformation de tout le réel.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot; mce_style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;Le &lt;i&gt;dernier écrivain&lt;/i&gt; est-il la fente, la dégénérescence de la topologie, où est-il le krach, l’autre commencement ? Comment détourner mon processus vers lui ? Comment mesurer les retards et les avances ? Le rencontré-je trop tôt ou trop tard ? S’agit-il de soulever un poids ou de laisser tomber une entreprise&amp;nbsp;? S’agit-il de sauter dans le vide ou de traverser une fente, c’est-à-dire un craquement ? S’agit-il de rencontrer mon destin ou d’en explorer, à l’inverse, la provenance ? Toutes ces considérations de topologie : fentes, traîtresses, dégénérescence, plis, multi-plis, tables et établis, sont-elles les extrémités auxquelles je me trouve réduit ? Comment faire repartir l’histoire après cette croix et dans quel sens ?&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot; mce_style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;Disons que ce n’est pas un krach, que la torsion ne sera pas ici celle de l’échange, que je ne vais pas m’ouvrir à la réalité empirique. Il me faut trouver dans l’arrêt et dans la dégénérescence et dans ce point que j’habite autre chose que l’attente du roman. Refaire partir l’histoire à partir de la température initialement fusionnelle de la conversion. Méditer la crise dans un autre espace que celui de l’histoire ou celui du marché.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot; mce_style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;Je parlais de l’aboutissement de ma technologie comme d&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot; mce_style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;’u&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot; mce_style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;ne mesure de l’histoire qui prendrait toute celle de ma rencontre avec le &lt;i&gt;dernier écrivain&lt;/i&gt;. Elle donnerait un sens qui ne sera concerné que par la topologie (c’est-à-dire par les fentes et par les plis et les torsions) à mon introduction dans l’enceinte de la Grande Maison. Car enfin, en m’en tirant avec un livre, en trouvant le lieu d&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot; mce_style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;’écrire&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot; mce_style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;et en revenant à la Place, ce n’est pas dans un livre que je suis entré, mais dans une maison.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;--&gt;
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<title>Annonce du livre</title>
<link>http://apreslemarche.blogspirit.com/archive/2009/10/26/annonce-du-livre.html</link>
<author>noreply@blogspirit.com (numbersix)</author>
<category>Apparition</category>
<pubDate>Mon, 26 Oct 2009 07:57:00 +0100</pubDate>
<description>
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;À la différence de &lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://www.fabula.org/actualites/article16448.php&quot;&gt;&lt;i&gt;L’Écriture postérieure&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; qui s’est écrit littéralement dans le futur, comme une écriture qui soutenait en permanence le risque de l’écriture et dont les «&amp;nbsp;états du monde&amp;nbsp;» étaient produits et multipliés par sa propre progression et par sa propre négociation avec la pensée (par son &lt;i&gt;échange&lt;/i&gt; avec la pensée), voici que mon &lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://eu.wiley.com/WileyCDA/WileyTitle/productCd-0470725222.html&quot;&gt;prochain livre&lt;/a&gt; s’approche de moi par la modalité inverse. Voici un livre qui fait parler de lui &lt;i&gt;avant&lt;/i&gt; d’être écrit (d’une façon différente, il faut dire, de celle que préconise Pierre Bayard et qui est de parler des livres avant qu’ils ne soient lus, et encore différente de la façon &lt;i&gt;de ne pas les lire&lt;/i&gt; que j’examinai quant à moi dans &lt;i&gt;L’Écriture postérieure&lt;/i&gt; et qui revenait à &lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://www.fabula.org/revue/document4144.php&quot;&gt;les &lt;i&gt;écrire&lt;/i&gt; afin de mieux les lire&lt;/a&gt;) et pour lequel les états du monde se remplissent d’attente plutôt que d’écriture.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;Or, comme l’écriture va pour moi dans un seul sens, celui du risque et de l’imprévu et de l’échappée, on peut se demander comment je vais m’échapper, par l’écriture, dans l’écriture de ce livre qui est essentiellement le livre des produits dérivés (des produits de l’écriture, donc) et de leur échappée (c’est-à-dire de leur futur, c’est-à-dire &lt;i&gt;du&lt;/i&gt; futur&amp;nbsp;; car, par leur caractère écrit et envoyé, les produits dérivés ne sont prévus que pour &lt;i&gt;rendre présent&lt;/i&gt; cet envoi, de cette manière particulière de rendre le futur présent qui est de le traiter et de l’échanger dans un marché).&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;La façon de m’échapper, par l’écriture, dans l’écriture de ce livre qui porte sur l’écriture et sur son échappée (c’est-à-dire qu’il porte sur le futur de l’écriture et sur son &lt;i&gt;marché&lt;/i&gt;), c’est de trahir les attentes de ceux qui se sont déjà postés dans les futurs «&amp;nbsp;états du monde&amp;nbsp;», tout en étant le plus fidèle possible à mon projet profond et personnel. Or, ce projet, ma réussite personnelle – et mon devoir est d’abord d’en prendre toute la mesure –, c’est d’être enfin parvenu à &lt;i&gt;placer&lt;/i&gt; l’ouverture d’un tel livre. Car c’est enfin aujourd’hui, après trois années de publications dans &lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://www.wilmott.com&quot;&gt;&lt;i&gt;Wilmott&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, et après que j’aurai réussi à attirer l’attention de Wiley sur mon volume de travail et celle de mes juges sur mon nom et sur ses capacités, que j’ai la possibilité ne fût-ce que d’&lt;i&gt;introduire&lt;/i&gt; la question de ce livre.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;Ma réussite principale, à ce jour, c’est d’avoir posé la question de la pertinence d’un tel livre et d’avoir donné à ce public la faculté d’y croire. Cela est donc trop beau (et cela débute seulement maintenant) pour que je n’en profite pas et que je n’insinue pas, dans cet étroit passage qui vient de s’ouvrir, la plus grande surprise, le livre le plus définitif sur la philosophie des marchés, le livre le plus radical, au sens qu’il bouleversera toutes les catégories acceptées (celle de probabilité, de risque, de processus temporel, etc.) à la lumière du marché des produits dérivés, en un mot, le livre le plus attendu par &lt;i&gt;moi&lt;/i&gt;.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: center;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot; align=&quot;center&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;* * * * *&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;Ce livre n’a pas de concurrent et l’occasion qui m’est offerte – et, à travers moi, à toute la tradition d’éditeur de Wiley, c’est-à-dire à tout le futur de la discipline et même au futur du domaine académique entier – c’est d’ouvrir et d’occuper aussitôt la &lt;i&gt;totalité du terrain&lt;/i&gt;. La façon de m’échapper sera ainsi de mettre dans ce livre, non seulement ce qu’il y a de plus définitif et de plus bouleversant, dans ma pensée, pour la tradition de pensée des produits dérivés, mais ce qui s’y trouve de plus bouleversant pour la pensée philosophique.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;Ce que j’aurai anticipé devra prendre ici toute son ampleur&amp;nbsp;; et si la pensée de Heidegger est aussi fondamentale pour poser la question de l’&lt;i&gt;être&lt;/i&gt; du marché et pour me détourner de la «&amp;nbsp;catégorie&amp;nbsp;» vers les «&amp;nbsp;existentiaux&amp;nbsp;», ou celle de Derrida aussi indispensable pour comprendre pourquoi cette question pourra trouver sa réponse à travers les produits dérivés et leur non-fondation, il faut que mon livre devienne un classique philosophique et qu’il apporte quelque chose de fondamental à la tradition philosophique en général.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;Ce sera donc le livre auquel mes juges s’attendent le moins mais qui, une fois son écriture et son échappée faites, sera celui auquel ils s’attendaient le plus.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;!--[if gte mso 10]&gt; &lt;mce:style&gt;&lt;!   /* Style Definitions */  table.MsoNormalTable      {mso-style-name:&quot;Tableau Normal&quot;;       mso-tstyle-rowband-size:0;      mso-tstyle-colband-size:0;      mso-style-noshow:yes;   mso-style-parent:&quot;&quot;;    mso-padding-alt:0cm 5.4pt 0cm 5.4pt;    mso-para-margin:0cm;    mso-para-margin-bottom:.0001pt;         mso-pagination:widow-orphan;    font-size:10.0pt;       font-family:&quot;Times New Roman&quot;;  mso-ansi-language:#0400;        mso-fareast-language:#0400;     mso-bidi-language:#0400;}  &gt; &lt;! [endif] &gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot; mce_style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;À la différence de &lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://www.fabula.org/actualites/article16448.php&quot; mce_href=&quot;http://www.fabula.org/actualites/article16448.php&quot;&gt;&lt;i&gt;L’Écriture postérieure&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; qui s’est écrit littéralement dans le futur, comme une écriture qui soutenait en permanence le risque de l’écriture et dont les «&amp;nbsp;états du monde&amp;nbsp;» étaient produits et multipliés par sa propre progression et par sa propre négociation avec la pensée (par son &lt;i&gt;échange&lt;/i&gt; avec la pensée), voici que mon prochain &lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://eu.wiley.com/WileyCDA/WileyTitle/productCd-0470725222.html&quot; mce_href=&quot;http://eu.wiley.com/WileyCDA/WileyTitle/productCd-0470725222.html&quot;&gt;livre&lt;/a&gt; s’approche de moi par la modalité inverse. Voici un livre qui fait parler de lui &lt;i&gt;avant&lt;/i&gt; d’être écrit (d’une façon différente, il faut dire, de celle que préconise Pierre Bayard et qui est de parler des livres avant qu’ils ne soient lus, et encore différente de la façon &lt;i&gt;de ne pas les lire&lt;/i&gt; que j’examinai quant à moi dans &lt;i&gt;L’Écriture postérieure&lt;/i&gt; et qui revenait à &lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://www.fabula.org/revue/document4144.php&quot; mce_href=&quot;http://www.fabula.org/revue/document4144.php&quot;&gt;les &lt;i&gt;écrire&lt;/i&gt; afin de mieux les lire&lt;/a&gt;) et pour lequel les états du monde se remplissent d’attente plutôt que d’écriture.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot; mce_style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;Or, comme l’écriture va pour moi dans un seul sens, celui du risque et de l’imprévu et de l’échappée, on peut se demander comment je vais m’échapper, par l’écriture, dans l’écriture de ce livre qui est essentiellement le livre des produits dérivés (des produits de l’écriture, donc) et de leur échappée (c’est-à-dire de leur futur, c’est-à-dire &lt;i&gt;du&lt;/i&gt; futur&amp;nbsp;; car, par leur caractère écrit et envoyé, les produits dérivés ne sont prévus que pour &lt;i&gt;rendre présent&lt;/i&gt; cet envoi, de cette manière particulière de rendre le futur présent qui est de le traiter et de l’échanger dans un marché).&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot; mce_style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;La façon de m’échapper, par l’écriture, dans l’écriture de ce livre qui porte sur l’écriture et sur son échappée (c’est-à-dire qu’il porte sur le futur de l’écriture et sur son &lt;i&gt;marché&lt;/i&gt;), c’est de trahir les attentes de ceux qui se sont déjà postés dans les futurs «&amp;nbsp;états du monde&amp;nbsp;», tout en étant le plus fidèle possible à mon projet profond et personnel. Or, ce projet, ma réussite personnelle – et mon devoir est d’abord d’en prendre toute la mesure –, c’est d’être enfin parvenu à &lt;i&gt;placer&lt;/i&gt; l’ouverture d’un tel livre. Car c’est enfin aujourd’hui, après trois années de publications dans &lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://www.wilmott.com&quot; mce_href=&quot;http://www.wilmott.com&quot;&gt;&lt;i&gt;Wilmott&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, et après que j’aurai réussi à attirer l’attention de Wiley sur mon volume de travail et celle de mes juges sur mon nom et sur ses capacités, que j’ai la possibilité ne fût-ce que d’&lt;i&gt;introduire&lt;/i&gt; la question de ce livre.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot; mce_style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;Ma réussite principale, à ce jour, c’est d’avoir posé la question de la pertinence d’un tel livre et d’avoir donné à ce public la faculté d’y croire. Cela est donc trop beau (et cela débute seulement maintenant) pour que je n’en profite pas et que je n’insinue pas, dans cet étroit passage qui vient de s’ouvrir, la plus grande surprise, le livre le plus définitif sur la philosophie des marchés, le livre le plus radical, au sens qu’il bouleversera toutes les catégories acceptées (celle de probabilité, de risque, de processus temporel, etc.) à la lumière du marché des produits dérivés, en un mot, le livre le plus attendu par &lt;i&gt;moi&lt;/i&gt;.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-align: center;&quot; mce_style=&quot;text-align: center;&quot; align=&quot;center&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot; mce_style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;* * * * *&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot; mce_style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;Ce livre n’a pas de concurrent et l’occasion qui m’est offerte – et, à travers moi, à toute la tradition d’éditeur de Wiley, c’est-à-dire à tout le futur de la discipline et même au futur du domaine académique entier – c’est d’ouvrir et d’occuper aussitôt la &lt;i&gt;totalité du terrain&lt;/i&gt;. La façon de m’échapper sera ainsi de mettre dans ce livre, non seulement ce qu’il y a de plus définitif et de plus bouleversant, dans ma pensée, pour la tradition de pensée des produits dérivés, mais ce qui s’y trouve de plus bouleversant pour la pensée philosophique.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot; mce_style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;Ce que j’aurai anticipé devra prendre ici toute son ampleur&amp;nbsp;; et si la pensée de Heidegger est aussi fondamentale pour poser la question de l’&lt;i&gt;être&lt;/i&gt; du marché et pour me détourner de la «&amp;nbsp;catégorie&amp;nbsp;» vers les «&amp;nbsp;existentiaux&amp;nbsp;», ou celle de Derrida aussi indispensable pour comprendre pourquoi cette question pourra trouver sa réponse à travers les produits dérivés et leur non-fondation, il faut que mon livre devienne un classique philosophique et qu’il apporte quelque chose de fondamental à la tradition philosophique en général.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot; mce_style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;Ce sera donc le livre auquel mes juges s’attendent le moins mais qui, une fois son écriture et son échappée faites, sera celui auquel ils s’attendaient le plus.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;--&gt;
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<title>L'épine au front</title>
<link>http://apreslemarche.blogspirit.com/archive/2009/10/20/l-epine-au-front.html</link>
<author>noreply@blogspirit.com (numbersix)</author>
<category>Méditation</category>
<pubDate>Tue, 20 Oct 2009 09:32:00 +0200</pubDate>
<description>
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;J’ai perdu les femmes qui pouvaient me faire écrire pendant une longue période et dont je devais embrasser un paysage entier afin de les embrasser. C’est-à-dire que j’ai perdu, dans la vie et dans l’écriture, la garantie de la durée et de l’étendue.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;Dans la lettre à Souraya, je ne fais que «&amp;nbsp;m’étendre&amp;nbsp;» (c’est d’ailleurs le mot qui revient sans cesse). Je me suis étendu sur mon sujet (j’ai écrit une longue lettre), mais j’ai également étendu mon sujet et cela veut dire – pour la raison que ce sujet est mien (je suis son seigneur), que je le possède (j’en suis l’expert) et que j’en suis le maître – que j’ai étendu mon pouvoir.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;Je me suis étendu, dans la lettre à Souraya, au point de toucher la totalité du Liban et de reproduire, dans la tête de chacun, la pensée de l’axe très court que ce pays peut inspirer, ce très bref segment orienté du Nord au Sud (j’ai parlé de «&amp;nbsp;très bref tunnel&amp;nbsp;») qu’on a très vite parcouru par la pensée, dont on a très vite compris le sens, la charge et le danger, dont on a très brièvement ressenti la marque comme une épine, comme une flèche très courte et très dense qui aurait frappé le front de chacun et que chacun préfèrerait parcourir de nouveau mille fois par la pensée, au lieu qu’il ne la retire et ne transforme la douleur qu’elle lui inflige en souffrance dans le combat pour s’en libérer ou pour la transformer&amp;nbsp;; comme si la meilleure façon d’entretenir cette épine qui ne pouvait plus ni grandir ni se réduire était de renouveler, de rajeunir, de «&amp;nbsp;nettoyer&amp;nbsp;» son séjour dans la chair par la garantie qu’elle serait toujours parcourue par la pensée dans le sens qu’elle est seule à imposer et qu’elle serait sans cesse &lt;i&gt;rappelée&lt;/i&gt; à sa place sur le front, de sorte que c’est la chair qui se formerait désormais autour d’elle et même par-dessus.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;Et j’ai étendu le pouvoir de cette lettre, qui n’est partie de rien, qui n’est partie d’un serrement de mains que pour aller inscrire, à la main, à tous les coins du pays et en tous ses points, la phrase monumentale qu’il fallait prononcer pour faire le vœu de l’amour à vingt ans, pour faire l’amour ou plutôt pour le remplacer&amp;nbsp;; j’ai étendu le pouvoir de cette lettre jusqu’au raccord historique qui allait reproduire, dans ma lettre, cette journée qui n’appartenait pas à notre couple d’amoureux, mais au pays qui se retournait.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;Car il était clair que dans un pays comme le Liban, à une époque comme celle-là, un amour pareil n’était &lt;i&gt;déjà&lt;/i&gt; pas possible&amp;nbsp;; il était clair que le pays était incomplet et que la vision amoureuse y serait toujours intermittente&amp;nbsp;; clair, par conséquent, et malgré ma jeunesse et la virginité de Souraya, malgré notre intime connexion avec cette terre et la volonté que j’ai mise, en découvrant Souraya, à découvrir le pays et à découvrir la vie, à découvrir la femme&amp;nbsp;et à découvrir mes vingt ans, que malgré tout cela, nous étions &lt;i&gt;déjà&lt;/i&gt; coupables.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: center;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot; align=&quot;center&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;* * * * *&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;Un décalage se produit au Liban, dès le départ. Dès le premier jour de la prise de conscience de la durée et de l’étendue, le Liban &lt;i&gt;retourne&lt;/i&gt; les amants et les sépare. Au lieu que l’étendue et la durée, parties de ce point du premier serrement, de ce point qui a ceci de singulier qu’il est double dès le départ et qu’il peut, par conséquent, générer l’espace et le temps, ne développent, autour des amants, un espace homogène qui serait leur élément, qui aurait leur exacte couleur et leur exacte densité, de sorte que cet espace, aussi immense fût-il devenu, serait toujours le leur et leur rappellerait toujours qu’il est né le même jour qu’eux, au contraire, les amants nouveau-nés devront, au Liban, aussitôt échanger leur conscience intime de l’étendue et de la durée contre la nécessité de &lt;i&gt;repenser&lt;/i&gt; à l’épine&amp;nbsp;: la nécessité de repasser sur leur front et dans leur tête, non pas le monde nouveau où leur fragment amoureux pourrait se perdre et où, en se perdant, il les empêcherait de se souvenir du moment de leur naissance qui est celui de leur séparation et les obligerait, au contraire, à vivre leur amour étendu, leur amour déjà-là, en toute fraîcheur, mais le monde mille fois repassé et mille fois déjà repensé par leurs parents et par tous ceux qui étaient déjà, avant eux, bien coupables.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;Les amants qui naissent sous forme d’un point vont avoir, dès l’instant suivant, tout le désir de l’espace et toute la prétention de la durée. Ils ne peuvent pas rester sur place. Il faut qu’ils sortent se promener et qu’ils aillent se présenter à tous les coins du pays, comme pour dire qu’ils ont été là, ensemble, comme pour poser devant une caméra et créer simplement des combinaisons qui ne seront pas réellement exploitées. Il faut qu’ils pensent que leur amour va durer et de moins en moins accepter de se revoir s’ils ne se donnent pas de plus en plus l’assurance qu’ils se reverront la fois d’après, et la suivante, et ainsi de suite jusqu’à ce qu’ils se posent à la fin – ce qui veut dire qu’ils se la posaient au début – la question de vivre ensemble, ce comble de la &lt;i&gt;sortie&lt;/i&gt; de leur amour&amp;nbsp;(car on pourrait se demander, s’ils s’aiment et sont tout absorbés en eux-mêmes, à quoi cela leur servirait de multiplier par deux, aux moindres recoins, promontoires, occasions ou ratages, aux moindres «&amp;nbsp;sorties&amp;nbsp;» que leur présentera la vie, les raisons de &lt;i&gt;ne pas comprendre,&lt;/i&gt; de ne pas comprendre l’espace et la durée).&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;Car Souraya et moi sommes nés dans un point, dans un serrement de mains et dans un effort de concentration qui allaient d’abord, au contraire, vers la réduction de l’espace (« Tout se passe là, entre nos mains, dans le serrement de nos mains, dans l’espace que nos mains, en se serrant, veulent anéantir&amp;nbsp;») et vers le reniement de la durée (« Il n’y a d’instant, il n’y a de commencement et de fin que le serrement de nos mains&amp;nbsp;»).&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;Tout peut partir de là, une durée entière qui captivera peut-être deux vies entières. Car il n’est pas dit, en nous serrant ainsi la main pour la première fois avec cette force expressive, que nous n’allons pas finir par vivre ensemble&amp;nbsp;; mais comme nous nous serrons, pour l’instant, les mains et que &lt;i&gt;nous ne laissons pas partir cette durée&lt;/i&gt;, comme nous ne nous préoccupons pas des conséquences mais seulement du serrement présent de nos mains, cela veut dire également que ce moment de la naissance de l’amour, pour dépendant qu’il soit de la durée qui va suivre – il en dépend, en effet, de cette façon réciproque qui est qu’il donne cette durée et que c’est elle, en réalité, qui dépend de lui, c’est-à-dire que cet instant de serrement est justement supérieur à la durée –, en fait s’en détache et lui dit&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Je me passe sans toi.&amp;nbsp;»&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;Et ainsi la phrase monumentale que je devais prononcer avant de faire le vœu de l’amour devait-elle le &lt;i&gt;remplacer&lt;/i&gt;, car alors elle m’introduisait – en même temps que l’amour et en raison de la perversité de cette terre libanaise et de l’impossibilité qu’elle nous laissât vivre un amour indépendant sans que nous ne pensions à l’épine du pays – à la littérature. Et comme la littérature ne peut pas coexister avec l’amour (pour la raison qu’elle est personnelle et que le couple n’y a pas sa place) cela voulait dire que j’aurai cherché à remplacer l’amour de Souraya dès l’instant de sa naissance et que cela s’est produit &lt;i&gt;à cause&lt;/i&gt; du Liban, pour la raison que, nous aimant, nous avons cherché à nous étendre dans l’espace et dans la durée et que ce mouvement de sortie et de découverte ne pouvait que renvoyer, au Liban, à la pensée de l’épine et à la pensée du pays seulement orientée dans ce sens et seulement chargée de cette douleur, si bien que cet échange de la pensée amoureuse et de la pensée coupable (l’échange de la pensée de l’avenir et de la pensée du passé et du repassé) ne pouvait que prendre – c’en est même la définition – la forme de la littérature.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: center;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot; align=&quot;center&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;* * * * *&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;Je ne peux plus écrire que dans un train (de pensée), à l’image du mouvement d’hier où la femme qui aurait pu me captiver pour un certain temps et dans un certain espace était assise à côté d’un autre et m’offrait, grâce à la conversation qu’elle a eue avec lui et qui a duré aussi longtemps que le voyage en train (c’est-à-dire aussi longtemps que mon écriture dans ce train), tous les points d’entrée pour vérifier ce qu’aurait pu être &lt;i&gt;ma&lt;/i&gt; conversation avec elle, ce qu’aurait pu être la naissance de notre amour. Mais cela, cette vérification qui m’était offerte de l’extérieur afin que je vérifie, désormais, l’extérieur, ne faisait que me confirmer dans mon parti pris d’une écriture où il y aura désormais une ligne intérieure et une ligne extérieure et où elles devront se dérouler en parallèle à l’image d’un train, c’est-à-dire une écriture qui ne pourra plus s’étendre mais devra toujours progresser.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;Je me dis que doit m’attendre l’étape suivante de l’abstraction&amp;nbsp;; que l’écriture ne peut pas se contenter de suivre ses sujets sur le terrain (ou dans l’étendue d’un pays, ou même d’une vie). Que si je continue d’écrire ainsi, assis à cette place, et traitant ainsi ces sujets (dont le moindre n’est pas d’avoir relu récemment cette longue lettre écrite jadis), c’est que ma place est ailleurs&amp;nbsp;; c’est que doit m’attendre une grande invention où tous mes niveaux d’écriture, où tous mes sujets seraient articulés. Des éléments dont je dispose : ma boîte, mon produit, ma place, ma vie, ma pensée de la philosophie, il y a quelque chose d’autre, quelque chose de nouveau à faire, mais quoi ?&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;!--[if gte mso 10]&gt; &lt;mce:style&gt;&lt;!    /* Style Definitions */  table.MsoNormalTable         {mso-style-name:&quot;Tableau Normal&quot;;         mso-tstyle-rowband-size:0;         mso-tstyle-colband-size:0;         mso-style-noshow:yes;         mso-style-parent:&quot;&quot;;         mso-padding-alt:0cm 5.4pt 0cm 5.4pt;         mso-para-margin:0cm;         mso-para-margin-bottom:.0001pt;         mso-pagination:widow-orphan;         font-size:10.0pt;         font-family:&quot;Times New Roman&quot;;         mso-ansi-language:#0400;         mso-fareast-language:#0400;         mso-bidi-language:#0400;}   &gt; &lt;! [endif] &gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot; mce_style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;J’ai perdu les femmes qui pouvaient me faire écrire pendant une longue période et dont je devais embrasser un paysage entier afin de les embrasser. C’est-à-dire que j’ai perdu, dans la vie et dans l’écriture, la garantie de la durée et de l’étendue.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot; mce_style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;Dans la lettre à Souraya, je ne fais que «&amp;nbsp;m’étendre&amp;nbsp;» (c’est d’ailleurs le mot qui revient sans cesse). Je me suis étendu sur mon sujet (j’ai écrit une longue lettre), mais j’ai également étendu mon sujet et cela veut dire – pour la raison que ce sujet est mien (je suis son seigneur), que je le possède (j’en suis l’expert) et que j’en suis le maître – que j’ai étendu mon pouvoir.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot; mce_style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;Je me suis étendu, dans la lettre à Souraya, au point de toucher la totalité du Liban et de reproduire, dans la tête de chacun, la pensée de l’axe très court que ce pays peut inspirer, ce très bref segment orienté du Nord au Sud (j’ai parlé de «&amp;nbsp;très bref tunnel&amp;nbsp;») qu’on a très vite parcouru par la pensée, dont on a très vite compris le sens, la charge et le danger, dont on a très brièvement ressenti la marque comme une épine, comme une flèche très courte et très dense qui aurait frappé le front de chacun et que chacun préfèrerait parcourir de nouveau mille fois par la pensée, au lieu qu’il ne la retire et ne transforme la douleur qu’elle lui inflige en souffrance dans le combat pour s’en libérer ou pour la transformer&amp;nbsp;; comme si la meilleure façon d’entretenir cette épine qui ne pouvait plus ni grandir ni se réduire était de renouveler, de rajeunir, de «&amp;nbsp;nettoyer&amp;nbsp;» son séjour dans la chair par la garantie qu’elle serait toujours parcourue par la pensée dans le sens qu’elle est seule à imposer et qu’elle serait sans cesse &lt;i&gt;rappelée&lt;/i&gt; à sa place sur le front, de sorte que c’est la chair qui se formerait désormais autour d’elle et même par-dessus.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot; mce_style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;Et j’ai étendu le pouvoir de cette lettre, qui n’est partie de rien, qui n’est partie d’un serrement de mains que pour aller inscrire, à la main, à tous les coins du pays et en tous ses points, la phrase monumentale qu’il fallait prononcer pour faire le vœu de l’amour à vingt ans, pour faire l’amour ou plutôt pour le remplacer&amp;nbsp;; j’ai étendu le pouvoir de cette lettre jusqu’au raccord historique qui allait reproduire, dans ma lettre, cette journée qui n’appartenait pas à notre couple d’amoureux, mais au pays qui se retournait.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot; mce_style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;Car il était clair que dans un pays comme le Liban, à une époque comme celle-là, un amour pareil n’était &lt;i&gt;déjà&lt;/i&gt; pas possible&amp;nbsp;; il était clair que le pays était incomplet et que la vision amoureuse y serait toujours intermittente&amp;nbsp;; clair, par conséquent, et malgré ma jeunesse et la virginité de Souraya, malgré notre intime connexion avec cette terre et la volonté que j’ai mise, en découvrant Souraya, à découvrir le pays et à découvrir la vie, à découvrir la femme&amp;nbsp;et à découvrir mes vingt ans, que malgré tout cela, nous étions &lt;i&gt;déjà&lt;/i&gt; coupables.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-align: center;&quot; mce_style=&quot;text-align: center;&quot; align=&quot;center&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot; mce_style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;* * * * *&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot; mce_style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;Un décalage se produit au Liban, dès le départ. Dès le premier jour de la prise de conscience de la durée et de l’étendue, le Liban &lt;i&gt;retourne&lt;/i&gt; les amants et les sépare. Au lieu que l’étendue et la durée, parties de ce point du premier serrement, de ce point qui a ceci de singulier qu’il est double dès le départ et qu’il peut, par conséquent, générer l’espace et le temps, ne développent, autour des amants, un espace homogène qui serait leur élément, qui aurait leur exacte couleur et leur exacte densité, de sorte que cet espace, aussi immense fût-il devenu, serait toujours le leur et leur rappellerait toujours qu’il est né le même jour qu’eux, au contraire, les amants nouveau-nés devront, au Liban, aussitôt échanger leur conscience intime de l’étendue et de la durée contre la nécessité de &lt;i&gt;repenser&lt;/i&gt; à l’épine&amp;nbsp;: la nécessité de repasser sur leur front et dans leur tête, non par le monde nouveau où leur fragment amoureux pourrait se perdre et où, en se perdant, il les empêcherait de se souvenir du moment de leur naissance qui est celui de leur séparation et les obligerait, au contraire, à vivre leur amour étendu, leur amour déjà-là, en toute fraîcheur, mais le monde mille fois repassé et mille fois déjà repensé par leurs parents et par tous ceux qui étaient déjà, avant eux, bien coupables.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot; mce_style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;Les amants qui naissent sous forme d’un point vont avoir, dès l’instant suivant, tout le désir de l’espace et toute la prétention de la durée. Ils ne peuvent pas rester sur place. Il faut qu’ils sortent se promener et qu’ils aillent se présenter à tous les coins du pays, comme pour dire qu’ils ont été là, ensemble, comme pour poser devant une caméra et créer simplement des combinaisons qui ne seront pas réellement exploitées. Il faut qu’ils pensent que leur amour va durer et de moins en moins accepter de se revoir s’ils ne se donnent pas de plus en plus l’assurance qu’ils se reverront la fois d’après, et la suivante, et ainsi de suite jusqu’à ce qu’ils se posent à la fin – ce qui veut dire qu’ils se la posaient au début – la question de vivre ensemble, ce comble de la &lt;i&gt;sortie&lt;/i&gt; de leur amour&amp;nbsp;(car on pourrait se demander, s’ils s’aiment et sont tout absorbés en eux-mêmes, à quoi cela leur servirait de multiplier par deux, aux moindres recoins, promontoires, occasions ou ratages, aux moindres «&amp;nbsp;sorties&amp;nbsp;» que leur présentera la vie, les raisons de &lt;i&gt;ne pas comprendre,&lt;/i&gt; de ne pas comprendre l’espace et la durée).&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot; mce_style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;Car Souraya et moi sommes nés dans un point, dans un serrement de mains et dans un effort de concentration qui allaient d’abord, au contraire, vers la réduction de l’espace (« Tout se passe là, entre nos mains, dans le serrement de nos mains, dans l’espace que nos mains, en se serrant, veulent anéantir&amp;nbsp;») et vers le reniement de la durée (« Il n’y a d’instant, il n’y a de commencement et de fin que le serrement de nos mains&amp;nbsp;»).&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot; mce_style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;Tout peut partir de là, une durée entière qui captivera peut-être deux vies entières. Car il n’est pas dit, en nous serrant ainsi la main pour la première fois avec cette force expressive, que nous n’allons pas finir par vivre ensemble&amp;nbsp;; mais comme nous nous serrons, pour l’instant, les mains et que &lt;i&gt;nous ne laissons pas partir cette durée&lt;/i&gt;, comme nous ne nous préoccupons pas des conséquences mais seulement du serrement présent de nos mains, cela veut dire également que ce moment de la naissance de l’amour, pour dépendant qu’il soit de la durée qui va suivre – il en dépend, en effet, de cette façon réciproque qui est qu’il donne cette durée et que c’est elle, en réalité, qui dépend de lui, c’est-à-dire que cet instant de serrement est justement supérieur à la durée –, en fait s’en détache et lui dit&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Je me passe sans toi.&amp;nbsp;»&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot; mce_style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;Et ainsi la phrase monumentale que je devais prononcer avant de faire le vœu de l’amour devait-elle le &lt;i&gt;remplacer&lt;/i&gt;, car alors elle m’introduisait – en même temps que l’amour et en raison de la perversité de cette terre libanaise et de l’impossibilité qu’elle nous laissât vivre un amour indépendant sans que nous ne pensions à l’épine du pays – à la littérature. Et comme la littérature ne peut pas coexister avec l’amour (pour la raison qu’elle est personnelle et que le couple n’y a pas sa place) cela voulait dire que j’aurai cherché à remplacer l’amour de Souraya dès l’instant de sa naissance et que cela s’est produit &lt;i&gt;à cause&lt;/i&gt; du Liban, pour la raison que, nous aimant, nous avons cherché à nous étendre dans l’espace et dans la durée et que ce mouvement de sortie et de découverte ne pouvait que renvoyer, au Liban, à la pensée de l’épine et à la pensée du pays seulement orientée dans ce sens et seulement chargée de cette douleur, si bien que cet échange de la pensée amoureuse et de la pensée coupable (l’échange de la pensée de l’avenir et de la pensée du passé et du repassé) ne pouvait que prendre – c’en est même la définition – la forme de la littérature.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-align: center;&quot; mce_style=&quot;text-align: center;&quot; align=&quot;center&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot; mce_style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;* * * * *&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot; mce_style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;Je ne peux plus écrire que dans un train (de pensée), à l’image du mouvement d’hier où la femme qui aurait pu me captiver pour un certain temps et dans un certain espace était assise à côté d’un autre et m’offrait, grâce à la conversation qu’elle a eue avec lui et qui a duré aussi longtemps que le voyage en train (c’est-à-dire aussi longtemps que mon écriture dans ce train), tous les points d’entrée pour vérifier ce qu’aurait pu être &lt;i&gt;ma&lt;/i&gt; conversation avec elle, ce qu’aurait pu être la naissance de notre amour. Mais cela, cette vérification qui m’était offerte de l’extérieur afin que je vérifie, désormais, l’extérieur, ne faisait que me confirmer dans mon parti pris d’une écriture où il y aura désormais une ligne intérieure et une ligne extérieure et où elles devront se dérouler en parallèle à l’image d’un train, c’est-à-dire une écriture qui ne pourra plus s’étendre mais devra toujours progresser.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot; mce_style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;Je me dis que doit m’attendre l’étape suivante de l’abstraction&amp;nbsp;; que l’écriture ne peut pas se contenter de suivre ses sujets sur le terrain (ou dans l’étendue d’un pays, ou même d’une vie). Que si je continue d’écrire ainsi, assis à cette place, et traitant ainsi ces sujets (dont le moindre n’est pas d’avoir relu récemment cette longue lettre écrite jadis), c’est que ma place est ailleurs&amp;nbsp;; c’est que doit m’attendre une grande invention où tous mes niveaux d’écriture, où tous mes sujets seraient articulés. Des éléments dont je dispose : ma boîte, mon produit, ma place, ma vie, ma pensée de la philosophie, il y a quelque chose d’autre, quelque chose de nouveau à faire, mais quoi ?&lt;/span&gt;&lt;--&gt;
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<title>Un homme à la mer</title>
<link>http://apreslemarche.blogspirit.com/archive/2009/10/16/un-homme-a-la-mer.html</link>
<author>noreply@blogspirit.com (numbersix)</author>
<category>Immanence</category>
<pubDate>Fri, 16 Oct 2009 11:18:00 +0200</pubDate>
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&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;« Les hommes sont toujours là », dit ma plus jeune fille, appelant ainsi les boules jaunes qui faisaient comme une ronde dans la mer autour de la zone surveillée par les maîtres-nageurs, et dont la forme sphérique, couleur de tête, pouvait laisser imaginer que des hommes flottaient là, sans bouger. Sans bouger, alors même qu’il est dans la nature de la vague de les éloigner vers le large ou de les rejeter sur la plage, si bien que de les revoir à leur place, à la surface de cette mer synonyme de « prendre le large et disparaître » était ce qui faisait répéter à ma fille : « Les hommes sont &lt;i&gt;toujours&lt;/i&gt; là ».&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;L’enfant refusait de voir le lien non imaginaire (qui ne l’était pas, imaginaire, pour la raison qu’il n’était pas visible et que l’enfant ne voulait pas imaginer ce qu’elle ne voyait pas)&amp;nbsp;: la chaîne qui retenait les bouées au fond du sable comme le pied d’un gastropode et qui, si ma fille l’avait imaginée, n’aurait pas plus prêté aux hommes la volonté de rester rassemblés dans leur ronde et concentrés dans leur mission de surveillance – puisqu’alors elle les retiendrait contre leur volonté – que la marée, qui s’est présentement retirée devant mes yeux et de la page de mon cahier, n’aurait prêté à mon écriture l’idée que ce qui vient à elle et ce qui se retire, ce qui me soulève, me renfloue ou me laisse échoué, faisait partie d’un phénomène naturel et cyclique qui m’embrassait également et que, ainsi, je ne devais pas m’en faire.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;À l’idée du lien, du lieu et de l’enchaînement, à cette plus courte distance entre la tête – qui flottait – de ces « hommes qui sont toujours là » et l’explication qu’il fallait retenir pour elle afin de la retenir en ce lieu, à cette implantation, à cette ruine, à cette décomposition du monde en liens causaux et en réseau compliqué qui m’empêche aujourd’hui de voir le monde comme une seule et même scène, ma fille avait préféré celle de raccourcir la distance au contraire la plus grande, la distance des mers, si bien que ces «&amp;nbsp;hommes qui étaient toujours là&amp;nbsp;» mais qui ne l’étaient aucunement pour la raison qu’un lien invisible, non imaginaire, les y retiendrait seraient les mêmes que ceux qui « sont toujours là, ailleurs&amp;nbsp;», l’ailleurs se trouvant rapporté là, en raison de la persistance inexplicable de la tête jaune de ces hommes à la surface de la mer, de préférence à un ailleurs vers lequel les hommes, en prenant le large,&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;s’en&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;iraient.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;Au contraire, c’est leur volonté de rester là&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;–&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;laquelle refusait de se réduire à la causalité et à la localité de la chaîne une fois confrontée à l’immense liberté de partir&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;–&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;qui a tôt fait, par réaction, de réduire la taille de l’océan&amp;nbsp;; ma plus jeune fille déclarant alors que ces hommes qui flottaient et qui étaient toujours là pouvaient rejoindre en dix minutes ceux qui flottaient à Beyrouth.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;C’est la mer entière qui venait et se qui réduisait ainsi à la ronde de ces hommes qui ne partaient pas d’ici. La distance était abolie qualitativement et non pas quantitativement, par un effet de l’imagination, celle qui glisse à la surface à une vitesse infinie et qui refuse d’apercevoir la profondeur de la cause et de détecter, sous la surface de l’eau et à la suite de la sphère jaune, le filin insidieux qui la tenait au fond ; et la ronde de ces hommes en face de la plage de Beyrouth serait la même que celle de la plage de Cabourg, ma fille ne trouvant alors d’autre remplaçant à l’immensité de la mer qui les séparait et qui rendait incalculable la possibilité de les rassembler, et d’idée assez folle pour expliquer qu’ici ou là-bas la ronde fût la même et la mer une seule et même occasion, que celle d’une fête.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;Ainsi, «&amp;nbsp;les hommes sont toujours là », jour après nuit, et leur raison de n’être plus là, qui est aussi grande que la mer, n’est plus rien et ne compte plus devant ce qui rassemble les hommes, jour et nuit, et qui ne fait plus une différence entre les hommes d’ici et ceux de Beyrouth, à savoir une seule et même fête.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;La fête, dont la vitesse est infinie et dont l’occasion est unique – car il n’y a qu’une seule fête – remplaçait ainsi la profondeur du calcul et de l’enchaînement du lien au fond de la mer ou au repère d’une carte, la fête, ou cette mer intense, cette carte sans repère et sans points cardinaux, et dont la profondeur n’était plus alors mauvaise mais festive, comme une plaisanterie de gamin, comme une surprise d’anniversaire, lorsque ma fille, pour compléter la fête, déclara que les hommes ne pouvaient plus se noyer, parce que se noyer, pour eux qui étaient immergés dans la fête, c’était alors « faire la fête ».&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: center;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot; align=&quot;center&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;* * * * *&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;Un jour, je décrirai la philosophie comme un seul front de mer, comme une seule fête ou une seule folie, telles que la profondeur des liens causaux et des vagues de la pensée qui aurait justifié que je fasse la ronde des «&amp;nbsp;hommes qui sont toujours là&amp;nbsp;» ici à Cabourg ou là-bas à Beyrouth, c’est-à-dire que je prenne le large, soit remplacée et&amp;nbsp;littéralement submergée par un impossible spectacle et un seul et même arrêt.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;Je ne voudrais plus rien regarder que le spectacle de la mer, rien traverser que les embrasures du matin pour me retrouver tordu dans une salle, n’arrivant pas à y produire une révolution, perdu, moi-même pris de panique devant la torsion impossible de l’espace que je n’arrive pas à redresser, ne trouvant pas le point d’appui, le bras de levier par lequel faire pivoter tout l’espace de travail.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;Que m’importe le travail de la philosophie ou le discernement qu’y introduit Meillassoux si mon œuvre s’est avancée jusqu’à la mer et s’est tordue avec sa vague, si ma table a été tirée jusqu’à la vitre que ne fait que matérialiser cet hôtel entre la mer et les jardins du casino ? Quelle révolution que celle où l’on est arrêté comme je suis, le monde et même la famille, ainsi que la famille entière de mots et jusqu’à l’encyclopédie entière du savoir, ne formant plus, dans mon dos, dans la couverture de mon livre, qu’une seule et même torsion ? Car j’ai été tordu de n’être plus moi-même, de n’être plus mon propre sujet, d’avoir connu cette première révolution et ce tour du monde, qui est revenu à faire des enfants.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;Or, ce sont eux «&amp;nbsp;les hommes qui sont toujours là&amp;nbsp;» et qui me surveillent, qui font la ronde autour de moi et dont l’immensité de la mer ne pourra me séparer ou me donner l’idée de partir loin d’eux sans que je l’aie au préalable effacée et répétée au nom de la même et unique fête. Ce sont mes enfants dont les têtes flottent sur mon bras de mer et qui surveillent la zone où je m’immerge petit à petit et où je perdrai pied bientôt. Ils&amp;nbsp;ne comprennent pas, n’imaginent pas ce qui me lie à eux ou ce qui m’attache à mon fond de mer sous la forme du lien invisible, et ne parviennent, par conséquent,&amp;nbsp;à s’expliquer que «&amp;nbsp;je sois toujours là et que je ne m’en aille pas&amp;nbsp;» qu’à force d’avoir réduit l’immensité de la mer, qu’ils perçoivent tout à fait, à l’intensité de la fête&amp;nbsp;;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;si bien que s’ils se réveillent et constatent, jour après nuit, que «&amp;nbsp;je suis toujours là&amp;nbsp;», ils penseront que c’est parce que l’immensité qui pouvait nous séparer est devenue une fête, et encore, si devais me noyer à force de ne pas bouger, si je devais m’enfoncer et m’abîmer dans une œuvre vague et disparaître à leur regard, si, à force d’être toujours là, un jour je ne l’étais plus et que j’étais recouvert par la vague de ma pensée, par la couverture d’un livre ou par une étrangeté épaisse, en un mot, si je sombrais dans la folie, ils penseraient toujours que c’est la fête que je ferais encore, la fête que je ferais avant tout, en me laissant ainsi entraîner dans la profondeur.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;Que m’importent la philosophie et le discernement d’un matérialisme, si je suis arrêté, non pas au bord du vide, mais de la mer, à Cabourg, et que la révolution, la torsion du sujet pour moi, qui ne la retrouve pas, est celle de la famille, de cette fête qui me rendra fou, parce qu’elle fait communiquer toutes les mers et tous les milieux ?&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;Cabourg en mai, donc, en prélude à l’été, avant la révolution du 14 juillet, pour le tyran que je suis et la tyrannie de mon écriture et de ma torsion de tous les matins, exacerbée, en réalité, à Cabourg, par la nature même de ce Grand Hôtel (qui est comme un grand état), par les vacances qui m’y poussent et qui m’y arrêtent, par la famille qui se presse sur mes épaules, qui accentue la torsion de mon cou et qui me rend d’autant plus révolutionnaire et d’autant plus sujet à sa torsion caractéristique que je dois me dégager tous les matins comme un monument pris dans le sable, comme la ruine d’une pensée passée, pour venir la présenter à ce front de mer, à cette vitrine du Grand Hôtel.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;Cabourg en mai 2009, où s’achève comme un cycle, celui où j’avais connu Deleuze l’année dernière et où j’avais navigué en DS, retrouvant le temps perdu et roulant comme la vague du temps qui marchait alors devant moi ;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;ce Cabourg de mai 2008, qui avait précédé mon voyage au bout du monde, à Sydney en mai qui entrait alors dans l’hiver, et où je n’irai peut-être plus jamais, l’espace n’étant plus le même, maintenant qu’il s’est retourné, où je pourrais faire une entrée comme celle d’alors, m’insinuer avec cette incidence-là qui avait fait toute la différence et toute l’intensité. Sydney où je n’irai plus dans l’obscurité, en passant par Singapour et par ce rabattement des plis des aéroports ;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;Cabourg de mai 2008, qu’étaient venus suivre Sydney et l’hôtel Palmyra, ce site de retirement et de ruine, où j’ai fini par voir se déposer mon œuvre et se conclure la croix de l’histoire&amp;nbsp;: là où devait commencer le processus géographique. (L’hôtel Palmyra ou ma révolution personnelle, la ruine de l’écriture pour moi, le commencement de la révolution du livre qui allait finir par me donner R. M.)&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: center;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;* * * * *&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;Je ne sais si je suis capable de démarrer un deuxième cycle. J’atteins aujourd’hui le seuil de la communication infinie, celui où je suis pris d’un infini étonnement face à la mer et à cette torsion qui me transforme en sujet, en l’esclave d’un roi qui a pris le dessus&amp;nbsp;: le témoin des heures de service, l’éditeur, le marqueur, le révolutionnaire des tours de service qui ne font plus rien que tirer ma table jusqu’au coin où peut se déclarer ma matière.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;Que m’importent la philosophie et son discernement devant cette immobilité de la communication folle, devant cette vitrine qui réfléchit la mer d’un côté et que ne poussent plus, à l’arrière, que les jardins du casino, devant cette table immense où roulent les numéros, alors que celui de la mienne roulait encore parmi d’autres ? Si Meillassoux ne veut discerner que la matière, lui, le philosophe du matérialisme et de la table des matières, moi je suis déjà propagé au sein de celle-ci, comme le compagnon ultime de la table, comme le nœud du service et le nœud de la communication infinie, comme l’écriture en réseau qui ne s’arrête qu’à devenir folle, tordue par le spectacle de la mer et par la tyrannie du Grand Hôtel, qui me fait traverser les embrasures du vide, de salle en salle, de baie vitrée en baie vitrée, de lumière en lumière, ne me laissant plus trouver que le carré blanc qui me convienne absolument, celui de la table ou de la page, depuis laquelle tordre l’espace et marquer une singularité.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;Car je suis le tyran que la révolution du service doit renverser après avoir révolutionné et tiré sa table, celui qui laisse sa famille attendre dans son dos, dans une embrasure qui n’a plus que la taille du vide et qui n’embrasse plus personne, dans un espace tordu qui n’accueille plus et qui n’ouvre plus les bras, tellement la tête lui est entré dans les épaules, et tellement son point, le point de l’espace, est devenu un point d’interrogation, tordu, avant que d’être révolutionnaire.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;!--[if gte mso 10]&gt; &lt;mce:style&gt;&lt;!    /* Style Definitions */  table.MsoNormalTable         {mso-style-name:&quot;Tableau Normal&quot;;         mso-tstyle-rowband-size:0;         mso-tstyle-colband-size:0;         mso-style-noshow:yes;         mso-style-parent:&quot;&quot;;         mso-padding-alt:0cm 5.4pt 0cm 5.4pt;         mso-para-margin:0cm;         mso-para-margin-bottom:.0001pt;         mso-pagination:widow-orphan;         font-size:10.0pt;         font-family:&quot;Times New Roman&quot;;         mso-ansi-language:#0400;         mso-fareast-language:#0400;         mso-bidi-language:#0400;}   &gt; &lt;! [endif] &gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot; mce_style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;« Les hommes sont toujours là », dit ma plus jeune fille qui appelait ainsi les boules jaunes qui faisaient comme une ronde dans la mer autour de la zone surveillée par les maîtres-nageurs, et dont la forme sphérique, couleur de tête, pouvait laisser imaginer que des hommes flottaient là, sans bouger. Sans bouger, alors même qu’il est dans la nature de la vague de les éloigner vers le large ou de le rejeter sur la plage, si bien que de les revoir à leur place, à la surface de cette mère synonyme de « prendre le large et disparaître » était ce qui faisait répéter à ma fille : « Les hommes sont toujours là ».&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot; mce_style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;L’enfant refusait ainsi de voir le lien non imaginaire (et qui ne l’était pas, imaginaire, pour la raison qu’il n’était pas visible et que l’enfant ne voulait pas imaginer ce qu’il ne voyait pas)&amp;nbsp;: la chaîne qui retenait les bouées au fond du sable comme le pied d’un gastropode et qui, si ma fille l’avait imaginée, n’aurait pas plus prêté aux hommes la volonté de rester rassemblés dans leur ronde et concentrés dans leur mission de surveillance – puisqu’alors elle les retiendrait contre leur volonté – que la marée, qui s’est présentement retirée devant mes yeux et de la page de mon cahier, n’aurait prêté à mon écriture l’idée que ce qui vient à elle et ce qui se retire, ce qui me soulève, me renfloue ou me laisse échoué, faisait partie d’un phénomène naturel et cyclique qui m’embrassait également et que, ainsi, je ne devais pas m’en faire.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot; mce_style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;À l’idée du lien, du lieu et de l’enchaînement, à cette plus courte distance entre la tête – qui flottait – de ces « hommes qui sont toujours là » et l’explication qu’il fallait retenir pour elle afin de la retenir en ce lieu, à cette implantation, à cette ruine, à cette décomposition du monde en liens causaux et en réseau compliqué qui m’empêche aujourd’hui de voir le monde comme une seule et même scène, ma fille avait préféré celle de raccourcir la distance au contraire la plus grande, la distance des mers, si bien que ces «&amp;nbsp;hommes qui étaient toujours là&amp;nbsp;» mais qui ne l’étaient aucunement pour la raison qu’un lien invisible, non imaginaire, les y retiendrait seraient les mêmes que ceux qui « sont toujours là, ailleurs&amp;nbsp;», l’ailleurs se trouvant rapporté là, en raison de la persistance inexplicable de la tête jaune de ces hommes à la surface de la mer, de préférence à un ailleurs vers lequel les hommes, en prenant le large,&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot; mce_style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;s’en&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot; mce_style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;iraient.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot; mce_style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;Au contraire, c’est leur volonté de rester là&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot; mce_style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;–&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot; mce_style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;laquelle refusait de se réduire à la causalité et à la localité de la chaîne une fois confrontée à l’immense liberté de partir&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot; mce_style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;–&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot; mce_style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;qui a tôt fait, par réaction, de réduire la taille de l’océan&amp;nbsp;; ma plus jeune fille déclarant alors que ces hommes qui flottaient et qui étaient toujours là pouvaient rejoindre en dix minutes ceux qui flottaient à Beyrouth.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot; mce_style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;C’est la mer entière qui venait et se qui réduisait ainsi à la ronde de ces hommes qui ne partaient pas d’ici. La distance était abolie qualitativement et non pas quantitativement, par un effet de l’imagination, celle qui glisse à la surface à une vitesse infinie et qui refuse d’apercevoir la profondeur de la cause et de détecter, sous la surface de l’eau et à la suite de la sphère jaune, le filin insidieux qui la tenait au fond ; et la ronde de ces hommes en face de la plage de Beyrouth serait la même que celle de la plage de Cabourg, ma fille ne trouvant alors d’autre remplaçant à l’immensité de la mer qui les séparait et qui rendait incalculable la possibilité de les rassembler, et d’idée assez folle pour expliquer qu’ici ou là-bas la ronde fût la même et la mer une seule et même occasion, que celle d’une fête.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot; mce_style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;Ainsi, «&amp;nbsp;les hommes sont toujours là », jour après nuit, et leur raison de n’être plus là, qui est aussi grande que la mer, n’est plus rien et ne compte plus devant ce qui rassemble les hommes, jour et nuit, et qui ne fait plus une différence entre les hommes d’ici et ceux de Beyrouth, à savoir une seule et même fête.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot; mce_style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;La fête, dont la vitesse est infinie et dont l’occasion est unique – car il n’y a qu’une seule fête – remplaçait ainsi la profondeur du calcul et de l’enchaînement du lien au fond de la mer ou au repère d’une carte, la fête, ou cette mer intense, cette carte sans repère et sans points cardinaux, et dont la profondeur n’était plus alors mauvaise mais festive, comme une plaisanterie de gamin, comme une surprise d’anniversaire, lorsque ma fille, pour compléter alors la fête, déclara que les hommes ne pouvaient plus alors se noyer, parce que se noyer, pour eux qui étaient immergés dans la fête, c’était alors « faire la fête ».&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-align: center;&quot; mce_style=&quot;text-align: center;&quot; align=&quot;center&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot; mce_style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;* * * * *&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot; mce_style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;Un jour, je décrirai la philosophie comme un seul front de mer, comme une seule fête ou une seule folie : la profondeur des liens causaux et des vagues de la pensée qui aurait justifié que je fasse la ronde des «&amp;nbsp;hommes qui sont toujours là&amp;nbsp;» ici à Cabourg ou là-bas à Beyrouth, c’est-à-dire que je prenne le large, mais qui serait remplacée, cette profondeur, littéralement submergée, par un impossible spectacle et un seul et même arrêt. Je ne voudrais plus rien regarder que le spectacle de la mer, rien traverser que les embrasures du matin pour me retrouver tordu dans une salle, n’arrivant pas à y produire une révolution, perdu, moi-même pris de panique devant la torsion impossible de l’espace que je n’arrive pas à redresser, ne trouvant pas le point d’appui, le bras de levier par lequel faire pivoter tout l’espace de travail.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot; mce_style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;Que m’importe le travail de la philosophie ou le discernement qu’y introduit Meillassoux si mon œuvre s’est avancée jusqu’à la mer et s’est tordue comme sa vague, si ma table a été tirée jusqu’à la vitre que ne fait que matérialiser cet hôtel entre la mer et les jardins du casino ? Quelle révolution que celle où l’on est arrêté comme je suis, le monde et même la famille, ainsi que la famille entière de mots et jusqu’à l’encyclopédie entière du savoir, ne formant plus, dans mon dos, dans la couverture de mon livre, qu’une seule et même torsion ? Car j’ai été tordu de n’être plus moi-même, de n’être plus mon propre sujet, d’avoir connu cette première révolution et ce tour du monde, qui est revenu à faire des enfants.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot; mce_style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;Or, ce sont eux «&amp;nbsp;les hommes qui sont toujours là&amp;nbsp;» et qui me surveillent, qui font la ronde autour de moi et dont l’immensité de la mer ne pourra me séparer, ou me donner l’idée de partir loin deux, sans que je l’aie au préalable effacée et répétée au nom de la même et unique fête. Ce sont mes enfants dont les têtes flottent sur mon bras de mer et qui surveillent la zone où je m’immerge petit à petit et où je perdrai pied bientôt, ne comprenant pas, n’imaginant pas ce qui me lie à eux ou ce qui m’attache à mon fond de mer sous la forme du lien invisible et ne parvenant à s’expliquer que «&amp;nbsp;je sois toujours là et que je ne m’en aille pas&amp;nbsp;» qu’à force d’avoir réduit l’immensité de la mer, qu’ils perçoivent tout à fait, à l’intensité de la fête&amp;nbsp;; si bien que s’ils se réveillent et constatent, jour après nuit, que «&amp;nbsp;je suis toujours là&amp;nbsp;», ils penseront que c’est parce que l’immensité qui pourrait nous séparer est devenue une fête, et encore, si devais me noyer à force de ne pas bouger, si je devais m’enfoncer et m’abîmer dans une œuvre vague et disparaître à leur regard, si, à force d’être toujours là, un jour je ne l’étais plus et que j’étais recouvert par la vague de ma pensée, par la couverture d’un livre ou par une étrangeté épaisse, en un mot, si je sombrais dans la folie, ils penseraient toujours que c’est la fête que je ferais encore, la fête que je ferais avant tout, en me laissant ainsi entraîner dans la profondeur.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot; mce_style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;Que m’importent la philosophie et le discernement d’un matérialisme, si je suis arrêté, non pas au bord du vide, mais de la mer, à Cabourg, et que la révolution, la torsion du sujet pour moi, qui ne la retrouve pas, est celle de la famille, de cette fête qui me rendra fou, parce qu’elle fait communiquer toutes les mers et tous les milieux ?&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot; mce_style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;Cabourg en mai, donc, en prélude à l’été, avant la révolution du 14 juillet, pour le tyran que je suis et la tyrannie de mon écriture et de ma torsion de tous les matins, exacerbée, en réalité, à Cabourg, par la nature même de ce Grand Hôtel (qui est comme un grand état), par les vacances qui m’y poussent et qui m’y arrêtent, par la famille qui se presse sur mes épaules, qui accentue la torsion de mon cou et qui me rend d’autant plus révolutionnaire et d’autant plus sujet à sa torsion caractéristique que je dois me dégager tous les matins comme un monument pris dans le sable, comme la ruine d’une pensée passée, pour venir la présenter à ce front de mer, à cette vitrine du Grand Hôtel.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot; mce_style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;Cabourg en mai 2009, où s’achève comme un cycle, celui où j’avais connu Deleuze l’année dernière et où j’avais navigué en DS, retrouvant le temps perdu et roulant comme la vague du temps qui marchait alors devant moi ;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot; mce_style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;Cabourg en mai 2008, qui avait précédé mon voyage au bout du monde, à Sydney en mai qui entrait alors dans l’hiver, et où je n’irai peut-être plus jamais, l’espace n’étant plus le même, maintenant qu’il s’est retourné, où je pourrais faire une entrée comme celle d’alors, m’insinuer avec cette incidence-là qui avait fait toute la différence et toute l’intensité. Sydney où je n’irai plus dans l’obscurité, en passant par Singapour et par ce rabattement des plis des aéroports ;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot; mce_style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;Cabourg en mai 2008, qu’étaient venus suivre Sydney et l’hôtel Palmyra, ce site de retirement et de ruine, où j’ai fini par voir se déposer mon œuvre et se conclure la croix de l’histoire&amp;nbsp;: là où devait commencer le processus géographique. (L’hôtel Palmyra ou ma révolution personnelle, la ruine de l’écriture pour moi, le commencement de la révolution du livre qui allait finir par me donner R. M.)&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: center;&quot; mce_style=&quot;text-align: center;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;* * * * *&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot; mce_style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;Je ne sais si je suis capable de démarrer un deuxième cycle. J’atteins aujourd’hui le seuil de la communication infinie, celui où je suis pris d’un infini étonnement face à la mer et à cette torsion qui me transforme en sujet, en l’esclave d’un roi qui a pris le dessus&amp;nbsp;: le témoin des heures de service, l’éditeur, le marqueur, le révolutionnaire des tours de service qui ne font plus rien que tirer ma table jusqu’au coin où peut se déclarer ma matière.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot; mce_style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;Que m’importent la philosophie et son discernement devant cette immobilité de la communication folle, devant cette vitrine qui réfléchit la mer d’un côté et que ne poussent plus, à l’arrière, que les jardins du casino, devant cette table immense où roulent les numéros, alors que celui de la mienne roulait encore parmi d’autres ? Si Meillassoux ne veut discerner que la matière, lui, le philosophe du matérialisme et de la table des matières, moi je suis déjà propagé au sein de celle-ci, comme le compagnon ultime de la table, comme le nœud du service et le nœud de la communication infinie, comme l’écriture en réseau qui ne s’arrête qu’à devenir folle, tordue par le spectacle de la mer et par la tyrannie du Grand Hôtel, qui me fait traverser les embrasures du vide, de salle en salle, de baie vitrée en baie vitrée, de lumière en lumière, ne me laissant plus trouver que le carré blanc qui me convienne absolument, celui de la table ou de la page, depuis laquelle tordre l’espace et marquer une singularité.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Verdana;&quot; mce_style=&quot;font-family: Verdana;&quot;&gt;Car je suis le tyran que la révolution du service doit renverser après avoir révolutionné et tiré sa table, celui qui laisse sa famille attendre dans son dos, dans une embrasure qui n’a plus que la taille du vide et qui n’a plus rien de l’embrassade, dans un espace tordu qui n’accueille plus et qui n’ouvre plus les bras, tellement la tête lui est entré dans les épaules, et tellement son point, le point de l’espace, est devenu un point d’interrogation, tordu, avant que d’être révolutionnaire.&lt;/span&gt;&lt;--&gt;
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