25.11.2009
Écrit sur le futur
Je relis mon dernier écrit sur la « volatilité implicite » et je réalise que j’aurais pu l’appeler « écrit sur le futur ». Dans ce jeu de mots futuriste et prometteur, je me ferai évidemment parcourir par la veine des produits dérivés, celle qui me fait toujours songer avec émerveillement que les produits dérivés sont effectivement eux-mêmes écrits (signés, gagés, émis) sur le futur et qui me fera carrément songer au futur et moi-même écrire sur lui.
Je peux dire, au sujet des produits dérivés, à la fois qu’ils sont ma veine, ma chance, l’opportunité qui m’est offerte d’écrire avec cette abondance, cette profondeur, cette étendue et cet optimisme, d’écrire avec cette vision éclairée du futur, et qu’ils constituent la veine de mon écriture et de mon style. Ils me fournissent un sujet et la force de le poser comme un sujet infini, qui m’inspirera indéfiniment.
Au-delà du contenu de mon écrit, qui est déjà à double fond pour la raison que j’écris sur les produits dérivés qui sont écrits sur le futur et que j’écris sur le futur directement, je peux même envisager que mon écrit est lui-même gagé, écrit, sur le futur et qu’il prend son sens et son orientation, voire son entière motivation, du futur. Qu’écrivant enfin considérablement sur des sujets de cette étendue, je suis maintenant moi-même en train de m’établir dans mon futur, je représente déjà à mes lecteurs ce que ce seront ma future préoccupation et mon œuvre future ; je dirais même que mon texte acquiert déjà cette ampleur, et en raison de son sujet qui est le futur, cette ambition, qui le feront compter dans une œuvre complète dont on devine déjà qu’elle sera considérable.
En écrivant ainsi sérieusement sur le futur, et de cette manière si originale qui est sur le point de me faire dire que c’est la première fois que quelqu’un écrit comme ça sur le futur et me faire donc songer si on ne pourrait pas appeler cette écriture qui « écrit comme ça pour la première fois sur le futur » justement une écriture futuriste ou, au contraire – si l’on songe que le futur est essentiellement une chose qui arrive pour la « première fois » et qui s’écrit pour la première fois – si cette écriture, qui serait enfin adaptée au futur et qui l’aurait ainsi rattrapé, ne pourrait pas s’appeler l’écriture la plus conservatrice, la plus conservatrice du futur, j’entends (enfin cela me laisse tout simplement songer, d’une manière purement génétique cette fois, ce que ça signifiera pour le futur, et quel futur sera particulièrement écrit, si on parle d’un futur sur lequel quelqu’un écrit comme ça pour la première fois) ;
en écrivant ainsi sérieusement et originalement sur le futur, je prétends que mon écrit, lorsqu’il sera, le jour venu, reconnu pour son ampleur et son originalité, en un mot, pour son importance, occupera alors une place tellement proéminente dans mon œuvre qu’on peut dire qu’en l’écrivant aujourd’hui, je suis en train de la préparer elle, de la faire exister déjà, et c’est pourquoi elle, qui est tout mon avenir, pourra être réputée commencée aujourd’hui, et c’est pourquoi mon écrit, qui la commence et qui l’écrit déjà, pourra être, dès aujourd’hui, reconnu comme un écrit sur le futur.
En un mot, parce que j’écris sur le futur de cette manière si juste, si originale et si étendue, le futur me le reconnaîtra, le futur sera pour moi, le futur viendra à mon écrit, et par conséquent je peux écrire déjà que mon écrit est écrit sur le futur. N’entre en jeu, on l’aura remarqué, que le pari simple qui pose que si l’on écrit originalement sur le futur alors le futur fournira à l’écrit, en reconnaissance, le commencement et la confirmation inaugurale qu’il mérite, c’est-à-dire proprement une origine.
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On remarquera combien rigoureusement l’emploi des temps de la conjugaison marque ce que je viens d’écrire, surtout l’emploi du futur lui-même, et l’on se demandera si l’écrit lui-même, et le relief qu’il donne à la grammaire, ne constituent pas déjà en soi la scène entière du futur (c’est-à-dire qu’on doutera pour un instant qu’il y ait une autre place pour le futur que l’illusion qu’en donne en premier lieu l’écrit, et l’on se doutera, par conséquent, que l’écrit échappe au temps, qu’il reflète seulement des structures qui prendront seulement plus tard, dans le temps, leur relief et feront dire que l’écrit a été écrit une fois avec originalité et qu’il a été reconnu et doté d’une réelle origine, la fois d’après).
Le futur serait ainsi écrit sur l’écrit, il faudrait le déchiffrer dans l’écrit, sa place y serait réservée à l’avance – le futur serait, pour ainsi dire, prévu par l’écrit – et c’est alors seulement plus tard, lorsque le temps, cette fois, sera passé, qu’on lira rétrospectivement cet écrit et qu’on dira qu’il était écrit sur le futur ou que le futur était écrit sur lui.
Il faut voir également que par la rigueur, la constance et la consistance avec lesquelles j’écris depuis un moment sur le futur, je peux dire que je vise enfin le traité : mes écrits offrent déjà assez de matière pour constituer un livre, et assez d’esprit pour en désigner le thème. La place serait ainsi réservée à mes écrits dans le futur – ils auraient ainsi été écrits sur le futur – par le simple effet de leur taille et leur prépondérance. J’écrirais alors sur le futur en le reflétant, en pensant que si déjà je destine mes écrits (entre autres sur le futur) à la collection dans un traité et à la direction d’un thème, alors je devrais commencer dès aujourd’hui à les débarrasser de tout trait personnel ne pénétrant pas substantiellement la matière du traité, et donc m’attendre à voir de plus en plus progresser cette écriture sans tonalité et sans couleur.
Je reconnais donc là mon écriture (future) du futur. Je la reconnais et je l’adopte, je lègue mon écriture, je la destine, à cet exercice sans ton et sans lumière, c’est-à-dire que j’écris mon testament d’écriture à cette écriture que je reconnais aujourd’hui comme ma progéniture exclusive, comme mon seul avenir. De même que le futur reconnaîtra mon écrit et que, par anticipation, je dis aujourd’hui que j’écris sur lui et que je gage sur lui, de même, je reconnais ma future écriture, j’écris au futur que cette écriture future héritera de tous mes efforts et de tous mes biens d’écriture.
Mais en lisant ce matin mon dernier écrit sur le futur, j’ai également songé à l’étendue de mon terrain, à la grandeur du sujet que j’attaque et à ma tentative de pénétrer en lui, qui n’a pour elle que sa finesse (que sa petitesse, je dirais, qui lui assure en la matière qu’elle s’insinuera) et sa justesse. Je considère ainsi, avant tout, l’ampleur de la tâche qui se donne à moi, et l’originalité de mon angle d’attaque. C’est de la combinaison de cette étendue et de cette finesse, de cet envahissement du sujet du futur (sa platitude, peut-on dire) et de mon incidence si particulière, que naissent cette grandeur et cette importance qui ne trouvera plus à se dégager que dans le temps.
Car j’aurai finalement réussi à dire que j’ai trouvé, avec le futur, un sujet si grand, et par définition, si nouveau, et dans ma manière d’écrire (ainsi que dans son contenu : les produits dérivés) une approche si originale et pourtant si commune, si présente, si totalement échangée (car il s’agit de marché) que s’ouvre devant moi la plus grande assurance : celle de traiter ce sujet dans le temps avec l’ampleur qu’il mérite et avec le futur qui l’attend et qu’il mérite, et ainsi, que je n’aurai pas fini « d’écrire sur le futur » de sitôt.
14:51 Publié dans Produits dérivés | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : philosophie, marché, écriture