26.09.2011

Marcher à Rome

Rome est tellement vieille (on dit qu’elle est éternelle) que dans mon sommeil j’avais l’impression de tomber dans un intervalle sans fond qui devenait de plus en plus étroit et que j’aurais pu appeler le fond de l’âge, mais qui s’interprète aujourd’hui, à cette période que j’ai atteinte de l’âge de mon écriture et que j’appelle celle de la rentrée, comme une course entre la pointe de ma technologie et son époque, entre la pointe de mon écriture et le jour qui ne tarderait pas à poindre et à me précipiter en dehors de la chambre d’hôtel, dans la ville éternelle, à la recherche de la place où m’installer pour écrire.

Mon rêve n’avait pas de fond, et ce n’était pas en rencontrant la matière que j’allais franchir le pas vers l’objet et vers la réalité, sauter de l’autre côté de la nuit (qui devenait aussi courte qu’un intervalle de pensée) en déclarant trouvé l’objet qui allait me faire écrire.

La sortie ne pouvait se faire que dans l’extrémité de l’abstraction même du rêve qui emportait mon corps. Car le rêve, si on l’interprète comme un intervalle et comme un processus, peut très bien passer pour l’effort de la pensée de sortir du corps, c’est-à-dire essentiellement pour un effort d’abstraction, le rêve s’interprétant ainsi comme la première pensée et la première pression interne, comme la direction première de l’abstraction ou l’origine même de la pensée que l’on aura plantée dans le corps.

Il fallait ainsi, dans l’accélération de ma chute qui n’explorait plus, dans le principe d’équivalence, que le côté de la géométrie et non plus de la matière, que je dépasse même le temps et que je trouve la sortie avant que vienne l’instant où je devrais me réveiller à l’heure programmée ; ce qui fait que le processus de sortie, essentiellement constitué de l’absence de matière et de l’accélération qui la remplaçait et qui n’était due qu’à la forme en entonnoir du rêve, c’est-à-dire à la pure géométrie et à la pure abstraction

– et l’idée à suivre ici serait d’étudier la mesure dans laquelle ce voyage à Rome avec ma fille dont l’âge me rattrape, dans ce train éternel qui reformulait l’idée de voyage et même de processus, n’était pas lui-même l’abstraction même de l’idée de voyager en famille, ou encore, par extrapolation, l’abstraction de la famille et par suite de mon propre corps ; ce voyage devenant, par transitivité, l’équivalent du rêve pour moi et la sortie de l’intervalle enfin atteinte où l’attitude ex-post, cette résultante de la série de l’écriture, cette veille au chevet de la trace, ce recueil et ce recueillement, doublerait et dépasserait enfin l’attitude ex-ante et l’ensemble du projet –,

s’est assez vite traduit, dans mon rêve, en oscillation entre la pointe de l’écriture et le point du jour (cette réalité qui allait s’ouvrir à moi, dans la ville éternelle), la certitude se faisant ainsi en moi, pendant que je dormais et par intervalles de plus en plus étroits dont la convergence allait constituer la matière de mon réveil et me précipiter au-dehors à sa recherche, que la tâche d’écriture était depuis longtemps achevée, que mon texte du lendemain était déjà écrit – en intensité sinon en extensité – et que la pointe qui me poussait à l’extérieur n’était pas celle de cette substitution subite qui se produit au milieu de la pensée et qu’on appelle le « devoir », mais bien la sensation précise d’avoir terminé et d’avoir franchi un sommet, d’avoir accompli en un seul point, auquel se réduisait mon rêve avant ma sortie, ce que je passerai l’étendue de la journée suivante à développer en lignes et à tisser en carré et dont la question sera seulement de savoir où exactement le situer dans la ville éternelle.

* * * * *

Rome est tellement vieille qu’on n’y imagine pas le processus de sortie, qui s’appelle la pensée, autrement que comme une plongée au fond de son âge et une association de plus en plus serrée avec sa matière. Si elle est éternelle, c’est que son âge n’a pas de fin et que, en tout point où on la considère et à tout instant où on y arrête la pensée, Rome peut aussi bien recommencer.

Car le processus de pensée est matériel et cette affirmation n’est elle-même qu’un résultat de géométrie. C’est-à-dire que la matière ne se trouve pas mais se déduit et qu’avant la matière, qui ne saurait se réduire à un point de matière et ne saurait être cette abstraction-là, il faut trouver l’intervalle (le mètre et la géométrie) dont la convergence seule donnera la matière. Il faut, pour penser matériellement, d’abord trouver la pierre et les murs, d’abord trouver la ville où la pensée s’attache et repousse la matière à l’extérieur de l’intervalle en se retournant.

C’est pourquoi, dès ma première sortie et dès mes premiers pas, j’ai eu l’impression, à mon âge qui ne se retourne pas et qui ne recommence pas, que cette ville rivalisait avec ma pensée et que je ne pourrais pas l’oublier ; qu’il fallait alors, pour la franchir et trouver la matière suivante, soit détruire tout Rome et imaginer de reconstruire un âge nouveau – car si Rome est une abstraction et qu’elle est la pensée ou le rêve du corps de l’homme, alors, en la remplaçant par une nouvelle ville ou par un nouveau plan qui aurait la dimension d’une ville éternelle, toute la pensée de l’homme pourrait recommencer, une ère inimaginable pourrait débuter et un livre entier trouver là sa genèse – soit en pénétrer le secret et parvenir, au cœur de ma propre pensée, à un âge équivalent au sien,

parvenir à l’éternité qui me ferait enfin confondre le commencement et la fin, parvenir à la pointe qui me ferait enfin relier la sortie du texte (cette extrémité matérielle que j’atteins après avoir fini d’écrire, cet instant qui s’apprête à me faire passer au suivant et qui peut s’interpréter comme l’abstraction dernière de mon corps et comme le principe du rêve enfin maîtrisé) avec son entrée ;

l’éternité de mon écriture étant ainsi assurée (ou encore, l’équivalence entre ma géométrie et la matière de Rome, l’égalité entre son âge et le mien) lorsque je parviendrai, avant d’écrire, à considérer que j’ai déjà fini et que le texte, aussi étendu et élaboré soit-il, qu’il me reste à extraire du point, n’est, en somme, pas plus dense que le point.

Rome est tellement vieille qu’on a envie de lui faire jouer, dans le processus de la pensée, un rôle virtuel qui pourrait passer, à la limite, pour l’absolu depuis lequel la pensée découle. Si la technologie visuelle devait enfin représenter, comme un film d’images, cela à quoi pourrait ressembler de commencer à penser – cette inception, à l’image du film qui porte le même nom –, c’est sans doute Rome qui devrait prêter le détail de son image.

Rome pourrait tellement résumer ma pensée à un seul détail de son image qu’en la voyant et surtout en y parvenant par ce processus d’abstraction du voyage et de moi-même qui s’appelle le « voyage en train jusqu’à Rome », je pourrais enfin penser que je recule, je pourrais enfin m’arrêter et laisser passer l’image de ma fille devant la mienne.

Si Rome est éternelle, je devrais profiter de l’occasion de ce voyage à Rome – ce voyage de ma « rentrée en pensée » – et de cette ultime abstraction pour sélectionner, en pensée, un ou deux processus qui comptent, pour trouver la matière où commencer à graver pour finir : une ou deux directions auxquelles me vouer désormais.

Ce n’est pas par un défaut de ma pensée que ceux qui me lisent ne réalisent pas l’importance de ma découverte ou de mon orientation, mais par la simple inadéquation du décor : par le théâtre inadapté et les pierres (ou les blocs) que je devrais d’abord arranger pour déclarer commencé l’âge de ma pensée.

Il ne me reste plus, pour finir mes jours, qu’un ou deux processus de pensée ; mais ce qui manque, c’est le décor où les planter. Je devrais reculer devant la ville. J’ai pensé tellement vite que je me suis perdu ; il est temps que je laisse passer la pierre devant moi pour situer ma pensée.

* * * * *

Rome est tellement vieille et la matière s’associe, en elle, tellement à l’infini de l’âge (une éternité) et à l’étroitesse de l’intervalle – car il n’y a pas de vide, à Rome, qui ne soit peuplé par les extrémités ; il n’y a pas de passage, à Rome, où la pensée n’hésite pas soudain entre sa fin et son commencement, entre la description d’un monde entier ou l’inscription d’un seul trait – qu’elle est un mouvement brownien et qu’elle est la marche de la pensée, dans un changement de structure du monde où l’apparence de l’aléatoire deviendrait la seule réalité et le seul véritable principe. Si bien qu’au lieu de finir à Rome et de laisser la pensée aller jusqu’à son extinction, je pourrais penser déjà à la matière suivante, à la réalité inédite que je déduirai de l’infini du processus de Rome, cet infini fût-il celui de la convergence de la pensée vers sa fin et de son intervalle vers l’extrémité de l’âge, qui est ici celui de l’éternité de Rome et de la pierre.

Les séries historiques ne s’héritent de toute façon que d’une mauvaise origine (une mauvaise source) et d’une mauvaise interprétation de l’histoire. Et mon intuition historique de Rome, l’origine concrète de mon voyage en train avant qu’il ne soit devenu abstrait, remonte sans doute à la statistique de Rome et à la population des touristes. Car il est vrai que c’est l’histoire qui s’accumule en premier lieu à Rome et que l’éternité est avant toute chose celle de ce cycle-là.

S’il y avait un sens statistique à donner au mouvement de mon écriture à Rome ainsi qu’à l’intervalle étroit où je me suis d’abord enfermé pour tenter de dépasser avec l’écriture la somme de matière qui se dépose ici dans la pierre, il est vrai que la logique de la série et son unité de compte découleraient directement de l’histoire concrète de Rome, celle où n’est pas encore venue percer ma technologie. Mais ce serait compter sans l’intégrale stochastique et sans le principe de localité qui me permet d’échanger les attitudes ex-post et ex-ante et qui fait que je me suis réveillé, à Rome, comme si ma journée était déjà finie et que le texte à venir était déjà écrit.

Rome est tellement vieille et l’éternité de l’âge et la densité de la matière se rencontrent tellement indéfiniment en elle, aussi étroit qu’on rende l’intervalle, que de cette extrême concentration de la série historique et de la ville concrète, il finit par naître une abstraction qui sera conductrice à la nouvelle réalité. Je me suis ainsi réveillé à l’envers, avec l’impression d’avoir fini d’écrire – quand je ne faisais qu’émerger du vide – et que le générateur aléatoire n’était pas, par conséquent, à inférer de l’histoire et de la série statistique mais, à l’inverse, de ma propre écriture et de mon propre prix de Rome.

Le détail historique est tellement riche à Rome, et l’intervalle tellement serré, qu’une réalité autre que l’histoire finit par intervenir, un principe moteur qui ne semble d’abord jailli que du seul point et, pour cela, provenir d’une extrême abstraction – comme si le corps s’était retourné en pensée, la matière en géométrie et que le voyage en train à Rome était un voyage au centre de ma propre tête, à la recherche d’une nouvelle origine pour la pensée.

L’histoire est tellement dense, ici, et s’accumule tellement dans le seul point, qu’il n’y a plus matière à la suivre mais qu’on peut se lever dans ce point et marcher désormais dans une nouvelle direction ; l’extrême densité du point devenant ainsi une sorte d’événement, et l’extrême localité, pour celui qui aura su trouver l’infiniment petit où la somme de l’écriture parvient toujours à rattraper la somme de l’histoire, une nouvelle surface où la matière historique de Rome le cèdera, par équivalence, à la seule future géométrie, à un ensemble de feuillets reliés, de lignes et de trajectoires que j’appellerai, à défaut d’utiliser pour Rome le nom du marché, du nom du livre ;

la pierre, qui pèse sur moi, étant devenue trop lourde à mon âge pour que je sache, sans rencontrer d’abord une immense difficulté, comment arranger le décor du livre pour annoncer cette nouvelle pensée et commencer à marcher à Rome.

* * * * *

Or, le seul livre digne d’intérêt et digne de Rome, à mon âge, serait celui où je prolongerais l’impression de mon voyage en train ou du moins la pensée de son abstraction – le nouveau retournement de l’époque que ce voyage signifierait. Car qui a dit que les intervalles du voyage ne seraient pas la nouvelle matière du temps et de l’espace, la nouvelle convergence que dissimule a priori l’étroitesse de l’intervalle mais qui fera que, de la réplication parfaite entre l’histoire et l’écriture, justement due au secret de l’intervalle et à l’infini de ce processus, justement due au mouvement du train et à l’abstraction de sa ligne au sein du paysage, naîtra la nouvelle réalité qui viendra coloniser l’ancienne et fera désormais régner, non plus le volume d’espace ou l’étendue de temps, mais tout simplement la densité ?

Ce n’est plus, ainsi, par le récit ou le roman que je couvrirai l’espace suivant ou la période qui m’attend ; ce n’est plus d’attente, d’espérance ou de probabilité que sera constitué mon futur projet mais par le principe d’étroitesse de l’intervalle qui aura trouvé dans le voyage sa meilleure expression.

(Car la pensée m’est venue, à Rome, que la probabilité suivait toujours l’histoire et ne parviendrait jamais à la dépasser et la retourner, de la même manière que les touristes à Rome suivaient les guides et les lignes tracées sans parvenir à retourner l’éternité de Rome en un seul et unique principe de nouvelle réalité, en une nouvelle façon de penser et de marcher à Rome ; et qu’ainsi la probabilité et les touristes auraient ceci en commun qu’ils visiteraient toujours l’événement sans l’inventer ou en pénétrer le secret.)

Qui a dit que les voyages, qu’on assimile instinctivement à d’étroits passages, ne devaient pas, en vertu du croisement de la pensée et de la matière qui se produit justement au fond de l’âge et de l’intervalle, devenir le tissu de la future réalité et couvrir entièrement la nouvelle surface ? Je trouverai ainsi, en chacune de ces percées et en chacun de ces voyages en train, le principe de convergence qui me fera continuer, la force de repartir – quand il apparaît, sur l’ancien plan et selon l’ancienne comptabilité, que je n’ai rien construit et que je n’ai rien fait.

Je subordonnerai ainsi la géographie et le détail de toute ville à ma seule place en train. C’est à l’endroit où je me trouverai assis en train, lequel serait en mouvement dans le paysage, que résidera le secret ; et le sens du voyage en train, ma manière si fine d’y penser et de m’y associer avec la matière, ce mystère du compartiment du train qui a l’air de se passer au revers du compartiment du monde et d’énoncer la géométrie et le mouvement dans un autre sens que la banale réciprocité d’avant, ne sera pas moins profond que le sens de l’histoire ou du monde entier.

Je ferai jaillir ainsi ma matière du cœur de l’intervalle dont la mesure semblera nulle dans la statistique ordinaire, et à celui qui me demandera des comptes ou la superficie de mon territoire, je ne ferai qu’aligner, comme projets et comme réalisations, que ces étroits passages.

Car je fais tourner la réalité comme je veux, et la première matière, ou la question de première importance et de premier intérêt, serait ainsi que la réalité que je trouve soit justement sans substance et sans intérêt.

Je ne trouverai sans doute rien d’important en allant faire du vélo dans le Vercors, rien qui constitue un projet, mais il y a longtemps que je vis en avance sur le temps et que la matière que je produis se déduit par avance à partir d’une seule et même fatalité : celle où je me suis positionné a priori en pensée et qui fait, par le seul principe d’étroitesse de mon intervalle, que l’extrémité ponctuera le vide à l’infini et que, même s’il n’y a rien à trouver, même si la ville est trop vieille et que toute l’histoire y est déjà passée, même si le relief est si vide qu’aucun effort physique ne le remplira jamais, par la simple direction de ma pensée et par la seule pression de mon écriture, le fond du vide se matérialisera en fond de pensée et l’abstraction ultime deviendra la réalité où je poserai les pieds, et même, où je voyagerai.

* * * * *

Le voyage à Rome est ainsi une nouvelle géométrie qu’il faut explorer avant de trouver la matière et avant que les lignes ne s’en concrétisent en histoire. Dans cette géométrie de Rome, l’histoire ancienne et toute l’éternité, ainsi que les monuments historiques de Rome qui ne laissent dans le vide et dans le passage que la seule place à l’extrémité et qui sont l’occasion perpétuelle pour la pensée de se comparer à la pierre et de traverser son âge (c’est-à-dire de se retourner contre l’histoire et de se demander si le voyage ne vaut pas la peine, à Rome, justement de recommencer l’histoire, quitte à trouver une nouvelle géométrie et une nouvelle loi de la pensée) sont tels qu’il devient tentant de s’en abstraire et de reculer, afin de laisser passer la pierre.

C’est-à-dire que je me détache en pensée et que je m’associe désormais à la place de Rome et à son monument selon une perspective inédite, par une insistance de la pensée pour ne plus voyager sur la carte mais pour tomber sur le seul endroit, à travers la seule et même ouverture dans la pierre, à l’image de l’idée magnifique qui rappelle qu’à Rome, l’ouverture du dôme du Panthéon n’a pas négocié dans le détail avec le jour et n’a pas hésité, afin de faire passer la lumière, à faire passer l’espace entier et sa texture naturelle, qui pourrait être faite de pluie ou de vent.

Et je ne vois pas pourquoi, placé à ma terrasse et non encore relâché par la géométrie convergente de Rome, non encore revenu de mon voyage en train qui a l’air d’être provenu à Rome d’un souterrain – car c’est ainsi que circule la pensée, surtout à destination de la ville éternelle –, non encore réveillé à la carte de Rome et comme voulant repousser jusqu’à la fin du jour, et peut-être même du séjour, le moment où je descendrai dans les rues de Rome comme un touriste qui ne trouvera rien de mieux à faire qu’à suivre le dessin de la pierre, je ne considérerais pas indéfiniment le Panthéon par une association d’idées et non pas directement, par une incidence de la pensée qui voudra d’abord emprunter la voie de la géométrie avant celle de la matière, et ne le visiterais pas d’abord par le haut, par le dôme et par l’abstraction, par la voie recommencée et indéfiniment traversée (que j’appellerai la voie romaine) de la pensée qui répète qu’au sommet du dôme du Panthéon il y a une ouverture à l’air libre et à l’espace sans fin – c’est-à-dire qu’il y a un dieu et même une idée, l’éternité de Rome traduite en sphère et en géométrie.

Car si Rome tout entière ne tient qu’au vide que la pensée sait trouver au fond du plus étroit intervalle (le principe d’étroitesse qui est le sens du voyage à Rome), je ne vois pas pourquoi elle ne tiendrait pas, au sommet, au vide du dôme du Panthéon, à la simple idée que je pourrai pénétrer, ne fût-ce qu’en pensée, ce lieu sacré autrement que par l’ouverture réservée aux mortels.

Car voici que je me suspends, à Rome, à la terrasse de l’hôtel qui partage avec le dôme du Panthéon la même courbe de niveau et que, m’élevant au-dessus du pavé, sur lequel a si longtemps marché l’histoire à Rome qu’il en est devenu à la fois aussi régulier et aussi imprévu sous le pied que la statistique (et qu’il provoque aussitôt une douleur dans le dos qui rappelle à l’homme qu’il a appris à marcher avant de commencer à penser), je me répète que la pensée, une fois qu’elle a convergé dans son intervalle propre et qu’elle a su trouver au voyage le même principe d’éternité, saura trouver au-dessus de la carte de la ville, et à côté de son histoire éternelle, les lignes matérielles de la nouvelle géométrie,

laquelle fera de mon voyage à Rome une seule et même éternité, un seul et même trait que je reconnaîtrai et que je saurai désormais réorienter, depuis Rome, jusqu’à l’horizon de ma pensée.

écriture,marché

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