01.03.2011
La visite du sens
J’imagine que les personnes coulent encore dans ma vie et se succèdent dans le cours d’un seul temps et d’un seul lit ; que je dois les mesurer et les entretenir les unes après les autres et que les mots que j’ai dits à une occasion garderont encore leur sens à la suivante ; que je me suis engagé ou que je me suis détaché ; qu’elles s’attendent à me revoir si j’ai dit que je les rappellerais ou si j’ai promis de leur écrire ; ou alors qu’elles m’ont oublié.
J’imagine qu’il y a encore un sens à ma vie qui est celui de la succession, quand je ne reconnais plus comme succession que l’interruption, c’est-à-dire mon retour à l’origine de ma grammaire en venant de l’autre côté de la frontière et en ayant crevé, en ayant exploré ainsi l’intervalle entre deux vides, celui de la simplicité à l’aller et de l’interruption qui lui correspond au retour.
J’imagine qu’il y a encore un sens à la visite, qu’il faut vivre l’événement et attester de sa succession dans le temps, quand je prétends qu’il se visite et que la vie ou le temps ne compte pas, c’est-à-dire que tous les sens sont permis et que s’il s’agit, comme je le pense désormais, de la visite même du sens (et l’événement a valeur d’un sens, chez Deleuze), alors peu importera le sens de la visite.
Mon sens, que je prie les autres de visiter, est aujourd’hui que je peux me détacher pour traverser la frontière et créer le vide et l’intervalle entre ma famille et moi, entre mon idée de voyager et le voyage accompagné.
Mon sens est que je bâtis sur la frontière précisément un vide ou plutôt un intervalle, une demeure où je m’établis, une clairière ; que j’y édifie une épaisseur et même un volume, une enceinte que l’on peut visiter de tous les côtés et interroger en dehors du temps et de la succession ordinaire des mots, afin d’y pénétrer et d’en percer le secret.
Mon sens est que j’aménage un vide, une différence, un espacement, un décalage, qui est qu’en montant à vélo dans le sens de l’aller, j’ai dû revenir avec un pneu crevé dans le sens du retour et passer alors un temps infini, un temps supplémentaire et superflu, dans les ramifications du problème de mon vide et dans les dépendances de ma demeure inattendue, dans des sentiers et des chemins de traverse qui ne voulaient rien dire à part la perte sèche du temps, dans un complément de visite du sens qui était l’absurdité même, dans une nasse d’arguments qui se suivaient avec une logique apparente, celle de réparer mon vélo et de regonfler mon pneu, mais qui n’ont servi à rien d’autre qu’aux besoins précis et microscopiques que cette foule de parasites (qui se sont accrochés à moi dès qu’ils m’ont vu retourner dans le vide et m’aventurer dans la divergence qui le suit) ressentaient et se pressaient de satisfaire à mes dépens.
Je connais la mort éveillée ; ma vie est finie dans l’ordre de la succession ; V. ne réalise pas quel être décomposé elle a rencontré ; je n’ai plus rien à dire dans cet ordre-là. Il faut qu’on réalise l’étendue du vide que je suis parvenu à créer rien qu’au centre d’une simple idée, celle de relier Beyrouth à Damas en ce début d’année, celle de danser tout seul sur cette carte qui m’était réservée – mais sans doute la simple idée était-elle lourde et massive d’être si ancienne et si attendue –, pour comprendre que ma force de pensée et de cohésion provient d’ailleurs que la succession ou le sens ordinaire de la visite.
Pour comprendre ce que j’ai à dire et la force que je possède de contenir le vide (qui est celle d’envelopper ce que les autres me disent, de les comprendre au-delà du sens même), il faut qu’on observe l’arrêt et le vide que j’ai créés au centre d’un point, dans l’épaisseur d’une simple ligne ; il faut qu’on mesure mon détachement et qu’on ressente matériellement ce que j’ai ressenti en allant tout seul à vélo à Damas et en en retournant tout crevé, ou en inaugurant tout seul (accompagné seulement d’une très ancienne idée) les quatre étages de la maison Khalil.
Celui qui vit dans ce vide-là n’aligne plus rien dans l’ordre des vivants. Il a la force des morts et celle d’inverser le sens. Il fait visiter le sens.
* * * * *
La lumière perce le brouillard de la pensée après que la première ligne a été tracée.
Qui sait à quel triomphe du sens (qui est celui du retour réussi) je serais parvenu si j’avais mené à terme ma remontée douce de Damas vers la frontière libanaise, si j’avais épuisé le décompte de tous les panneaux qui m’indiquaient en vert et en un seul mot la direction qui me ramènerait à pied ou à vélo (ce qui revient au même, puisque cela revient à pédaler et à actionner une machine aussi simple que la pensée) vers mon pays ?
Car j’aurai reconnu l’origine à la richesse de ce pays d’origine devenu simple comme un mot et comme une simple direction d’autoroute. Et encore la simplicité devait-elle elle-même « prendre pied » sur moi et s’accrocher à la ligne de ma pensée en vertu de la simplicité de la machine qui la lisait. C’est avec mes jambes, en effet, et, à travers mes jambes, par la transmission à la masse inférieure de mon corps que je lisais ce nom du Liban. C’est massivement et matériellement que je l’absorbais – tandis que la lecture en serait restée conceptuelle, c’est-à-dire fugitive et légère, si j’étais revenu lire la ligne où se succédait le nom du Liban dans un véhicule rapide, dans une voiture qui aurait distrait le cycle de la pensée (qui commençait à s’associer à celui de la frontière et du paysage) par l’explosion d’un moteur.
Or, je n’ai pas terminé la lecture de ce livre qui me ramenait à pied vers le Liban. J’ai été interrompu avant que le dernier mot du « Liban » ne soit retombé sur sa ligne et que le vide que j’avais gonflé en moi pour aller à Damas et dont je revenais chargé
(cette nouvelle force de cohésion par le vide en moi ; cette nouvelle façon de me placer sur la carte d’origine et de déclarer ouverte la visite de mon sens à mes proches, de lire l’histoire ancienne que je venais établir ; cette discussion que je voulais entreprendre à neuf et avec simplicité, avec la simplicité de l’association du vélo avec le chemin de la pensée et avec le rythme de la frontière, au sujet de ce qui nous séparait de la population syrienne : quel nombre, quelle guerre, quelle statistique, quel générateur et quel territoire, quel trait de pensée ou quelle mauvaise idée de la probabilité, quel contresens de la visite, quelle inaptitude à penser que la statistique ou le registre qu’accumule l’histoire et que déposent les événements ne sont pas à lire a priori, dans un sens contraire à leur sens qui est d’être marqués, mais qu’ils doivent être échangés et de cette seule façon produits dans la main de celui qui s’en saisit – à la condition qu’il ait su tisser et fabriquer, comme je l’ai fait à vélo, la matière sur laquelle leur marque pourra être renvoyée, la surface sur laquelle la visite du sens s’ouvrira de tous les côtés, et non seulement celui de la chronologie et de la ligne qui ne connaît que le sens de la visite)
ne soit revenu se résorber au passage de la frontière libanaise.
Il faut croire que dans le cycle de création et de résorption du vide vient se mêler l’irréversibilité c’est-à-dire la vermine – la décomposition qui devient vie et même grouillement et qui enterre même la mort, qui l’ensevelit sous une foule d’arguments qui n’ont plus aucun sens et aucun ordre.
Car la visite du sens, dont je prétends que mon monument, c’est-à-dire ma mort, est fait, cette ouverture de la demeure que j’ai réussi à bâtir dans l’intervalle et dans le battement même de la frontière, cette force de cohérence par le vide même et de faire sens tout seul et de pouvoir rencontrer et affronter qui je veux, cette liberté d’aller me frotter à vélo, en tenue de combat la plus légère, à ma limite propre et à ma frontière privée, à ma langue d’origine qui m’accueille et qui m’ouvre sa frontière, à mon premier devoir d’écolier (celui d’écrire mon nom sur un carton), la visite du sens a comme son pire ennemi et comme son envahisseur – elle a comme son successeur inévitable – le grouillement d’arguments qui occupent un vide qu’ils ignorent et qui ne connaissent de sens que celui du parasite, je veux dire le grouillement de la vermine qui parvient à éliminer même le vide.
* * * * *
La lumière perce jusqu’à moi après dissipation des premiers brouillards de la route et la déposition de ces premières lignes.
Je regrette avant tout la cohérence de mon équipage et de ma machine, c’est-à-dire de mon sens. Quelle belle chose avait lieu sur cette route de retour de Damas ! Quel sens ancien, et soudain révélé, aurait perçu quiconque m’aurait aperçu à vélo, pédalant dans le brouillard jusqu’à la frontière libanaise, remontant doucement les degrés de ma pensée et m’élevant doucement vers le Liban de la table basse de Damas !
Je ne rentrais pas seul mais accompagné d’une grande idée, celle d’enfermer toute cette ligne et toute cette carte, à l’aller et au retour, dans une seule pensée ou, comme l’a si bien deviné Lina G. dont les yeux ont une clarté, dans une seule méditation.
Je tenais réunis tous les éléments de la preuve et toutes les données du sens ; j’étais à moi tout seul un ouvrage de philosophie en mouvement, un pont de la pensée, une nouvelle longueur d’onde, une nouvelle couleur, une nouvelle façon d’illuminer la carte et de déchiffrer la frontière. Le plaisir de la cohérence de ma pensée s’étendait sur tout le territoire que je parcourais, et je suis sûr qu’un satellite l’aurait détecté ; que, sur Google Earth même, on aurait pu lire l’intensité de mon trait et apercevoir les montagnes et les frontières qui se déplaçaient avec moi.
J’étais livré à la découverte de ma propre demeure et à la constitution de ma propre force ; c’est une énergie que j’accumulais et je bâtissais déjà le récit que je rapporterais aux autres, la demeure qu’on viendrait visiter après moi et qui serait celle du sens ; je ne recherchais rien d’autre qu’interrompre tout lien avec la pensée réglée et l’argument successif ; je voulais éliminer les personnes qui s’attachent à un seul ordre d’idée et dont le nom n’a qu’une seule place ; je rassemblais la force pour les rappeler et pour faire sens après l’interruption et même après la mort ; j’anticipais le vide qui m’attendait, l’intervalle de la frontière prochaine, la demeure que j’avais bâtie là ; mais j’ignorais sans doute cette succession du vide, cet héritage que laisse le vide (c’est-à-dire la visite du sens et de l’événement, l’attardement du trait, le vélo qui vient relever et mesurer la frontière, ce cycle-là, inédit, de la pensée) à ceux qui viennent relever les morts longtemps après l’instant de la mort et qui est le grouillement même de l’irréversibilité du trait, la population et la statistique même du territoire qui suit la mort et ce passage-là de la frontière que j’avais négligé, c’est-à-dire le grouillement de la vermine.
Sans doute la traversée de la frontière dans le sens du retour aurait-elle été plus réussie et plus héroïque – sans doute aurais-je bâti sur cette frontière la demeure que je voulais – si j’avais, en retournant, réellement épuisé tous mes arguments et utilisé toutes mes réserves, si j’avais crevé le pneu et réussi à le changer, fini la course comme prévu, en prévoyant et en prévenant jusqu’aux aléas de la course à vélo.
J’aurais regardé l’intervalle de la frontière avec reconnaissance et invité mes amis dans une demeure d’autant plus grande, si la simplicité de mon aller s’était compliquée, au retour, de l’incontournable aléa, de l’éclat de fer ou du caillou qui aurait percé mon pneu, et si je l’avais surmonté ; j’aurais enrichi mon programme de plus d’une instruction ;
au lieu de quoi est venue se mêler de mon trait la véritable irréversibilité, ou le trait qui laisse plus qu’une trace puisqu’il donne vie à un grouillement entier,
je veux dire la vermine qui est venue m’ouvrir une demeure inattendue sur le côté et qui ne savait pas elle-même dans quel sens aller et quel vide elle était chargée d’éliminer,
mais qui a suivi son instinct de vermine, pire encore, sa loi, pour me montrer, après la loi de composition, après le plan de mon voyage que je pensais démonter et remonter comme un vélo et que j’espérais réparer, la loi de la décomposition –
pour me montrer un espace plus large encore que la visite du sens, une inversion qui dépasse l’axe même de l’inversion et la ligne-frontière, pour me montrer ce qui suivait la mort et qui n’était ni le vide ni la vie.
* * * * *
La lumière vient à moi après la dispersion des brouillards du rêve, et cette demeure sur le côté, cette communication avec la vermine, cette interruption de mon voyage qu’il ne suffisait pas d’éliminer de l’axe pour reprendre le trait, cet accident définitif du parcours, j’ai pu l’apercevoir en rêve la nuit dernière.
(Car tout accident a lieu sur le côté. La vie et la mort ne se suivent pas sur le même chemin, comme se suivraient le sens et l’interruption du sens ; et quiconque est tombé sur le côté, quiconque s’est démonté de son vélo pour réparer un pneu crevé sur cet axe routier au sens si ancien qu’il communique avec la mort et en tout premier lieu avec mon père, quiconque s’occupe vraiment de déménager et ne se contente pas de faire suivre la demeure à celle qui la précède mais tient à rester dans la première, le temps de constater la séparation de l’image, le détachement du miroir, le décollement de la rétine, et jusqu’à la déstratification du tapis lui-même par l’ordre de la vermine, quiconque veut connaître le remplaçant exact de l’espace qu’on quitte et veut complémenter sa visite du sens par l’aperçu du contresens ou plutôt de l’autre sens, de l’autre vie, de la contre-vie, celui-là est invité dans la demeure d’à côté.)
Je sais que la route de Damas est vieille comme mon père et vieille comme sa mort – car mon père n’arrêtait pas de dire qu’il n’irait jamais à Damas pour la raison qu’on l’y avait condamné à mort. Je sais que c’est mon origine et que c’est mon géniteur – celui qui se cache derrière mon père – que je suis allé rechercher sur cette route de Damas, dans cet arrière-pays et cette histoire d’avant l’histoire. (Car l’histoire commence avec la géographie et même avec le déroulement à pied, ou à vélo, de celle-ci.) Je sais que mon envie de faire du vélo dans mon pays s’est trouvée décuplée depuis que j’y ai enterré mon père et que c’est sa tombe que je creuse, et sa demeure que je vais visiter, en enfourchant chaque fois ma machine.
Je sais que cette simplification de la frontière et cette précipitation dans le vide qui suit sont ma façon de déménager, de changer le sens de ma vie avant de changer de demeure, ou du moins, de changer le sens lui-même au point que je le bâtirai en demeure et que j’ouvrirai celle-ci à la visite.
Je sais que l’intervalle vide que j’ai voulu trouver et par suite habiter sur la ligne même de cette frontière (dans laquelle je me suis jeté et je me suis engouffré) coïncide avec l’opération de faire le vide de mon père et de déménager sa chambre. Ainsi ma façon de me séparer de la ligne du voyage et de ne plus être accompagné est-elle ma façon de mettre entre les autres et moi la demeure vide de mon père. Elle est ma façon de déplacer les montagnes et de déplacer le sens (et même les frontières) dans l’attente de déplacer la chambre du père.
Car c’est sans mon père (mort) que je suis allé vers ce sommet et que je me suis aventuré vers l’origine de mon histoire et vers mon géniteur. C’est dire si cette course de Damas avait valeur d’un déménagement. C’est dire si la ligne sur laquelle je balançais et j’oscillais était celle qui me reliait à la mémoire de mon père. Or, j’ai été invité par la vermine dans la demeure sur le côté du chemin ; je suis descendu de vélo et j’ai perdu mon temps ; j’ai souffert l’accident.
J’ai vu en rêve la demeure de remplacement, où mon frère avait la charge de transpercer la vermine avec moi et de retourner son ventre mou, où grouillait une vermine plus fouilleuse, plus petite et plus neuve encore ; où ma tante morte avait la charge de nettoyer après nous.
Car la vermine avait, dans mon rêve, la vertu de s’installer. Elle avait pris place sur un matelas que l’on utilisait pour s’asseoir ou pour dormir contre le mur. Trois belles pièces de vermine étaient brandies sur ce matelas – on aurait cru des armes – et ressemblaient à ces poissons des profondeurs dont la forme est indescriptible et qui ont comme la faculté de l’insecte. Sauf que la vermine courait et glissait sur le sol au moindre geste et au moindre souffle.
* * * * *
J’ai retrouvé tout l’accident de mon histoire, tout le contresens de mes tantes et toute l’horreur de leurs matelas provisoires, toute la fibre profonde de leurs robes de chambre et de leurs vêtements qui ne ressemblaient à rien ; j’ai retrouvé toute l’absurdité et le grouillement du sens de la demeure d’à côté –
car je réalise que la demeure de mes tantes est celle qui s’est toujours située à côté de la nôtre, comme l’accident majeur qui ne manquerait pas de me démonter de la ligne de vie et de vélo, comme la perte de temps finale qui ne tarderait pas à rendre absurdes tout passage de mon temps et toute simplification de la frontière, tout vide héroïque que j’aurais désiré y bâtir ; et c’est d’ailleurs à côté, chez mes tantes, qu’a fini de vivre mon père avant que ne commence pour lui, dans la demeure qu’il avait alors détachée pour lui tout seul et de tout voyage accompagné, le chemin de la mort, une fois morte la dernière tante qui l’accompagnait :
la demeure où je n’étais plus invité, où attendraient de pourrir nos tapis et de se décomposer nos meubles dans l’ordre inexorable et l’attente inépuisable de la vermine ;
la demeure qu’il ne me resterait plus qu’à déménager, dans un effort plus grand que celui qui déplace la montagne et même le vide et dans un dédoublement de ma pensée qui aura réussi à passer à côté de la demeure où elle comptait faire la visite du sens, le temps qu’elle aperçoive un grouillement du sens qui n’était prévu ni par la demeure ni par le vide – le grouillement propre et l’envahissement propre de la vermine –, non sans que je me sois auparavant séparé de mon image en quittant jusqu’au miroir où s’était reflété, pour finir, mon père –
j’ai retrouvé le côté de chez mes tantes en m’asseyant exactement aux côtés de la vermine, sur ce canapé qu’elle avait aménagé au cœur de son cimetière de pneus ;
et je suis sûr que cette famille d’hôtes (ou de passagers – car je suis sûr qu’ils trafiquaient le sens à leur manière, qu’ils s’engouffraient dans le vide de leur côté et qu’eux aussi passaient les frontières ; je suis sûr qu’ils sont les derniers vrais passagers de cette carte du Liban et de la Syrie, les visiteurs et les envahisseurs de cette demeure du sens ; je suis sûr qu’ils sont des passeurs) voulaient m’aider de tout cœur et m’inviter dans leur demeure, mais sans comprendre ma logique ou la suite de mes idées, sans savoir ce que je voulais.
Ils voulaient m’aider en me déplaçant de côté, en m’invitant chez eux et en faisant suivre au vide que je voulais déménager héroïquement, ou à l’intervalle de la frontière que je voulais visiter, simplement leur loi de vermine ; c’est-à-dire un grouillement et un plein qui n’avaient rien à voir avec mon vide, avec ma vie, ni même avec la logique de ma mort et de ma lignée.
J’ai peur de penser que cette vermine m’a toujours accompagné comme la demeure d’à côté qui est celle de mes tantes. J’ai peur que le seul rêve qui me vienne, la nuit, de l’autre côté de la frontière et une fois dissipé le brouillard de la pensée, le seul rêve de la demeure du père ou sa visite en pensée, ne soit celui de cette vermine installée à mes cotés sur le canapé.
J’ai peur de n’avoir retenu de mes tantes que l’idée de ce peuple d’à côté, de cette famille qui ne connaît que la fixation du parasite et, comme seul avancée, que celle du sens microscopique qu’elle fait suivre au lieu où il s’accroche, c’est-à-dire à l’argument qui le reçoit ou plus généralement à l’ordre de la pensée, comme le ver suit le ver ; la succession des sens et des pensées n’ayant plus finalement d’autre sens et d’autre loi que ceux de la succession de la vermine (de la vérité ?) où tout se confond et tout se déplace sur le côté.
Je ne sais quoi penser et quoi rêver après cet amoncellement et ce chantier, après cette succession de villes. Car, dans mon rêve, New York succédait à la demeure retapée et déménagée de Feytroun, sinon que j’observais une vache prise dans un filet et suspendue à la façade d’un immeuble new-yorkais, de laquelle elle n’a pas tardé à se détacher pour aller exploser sur le trottoir, provoquant la pluie d’un liquide qui n’était ni le sang ni le lait, mais le fluide même de la pensée.
15:52 Publié dans Immanence | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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