26.10.2009
Annonce du livre
À la différence de L’Écriture postérieure qui s’est écrit littéralement dans le futur, comme une écriture qui soutenait en permanence le risque de l’écriture et dont les « états du monde » étaient produits et multipliés par sa propre progression et par sa propre négociation avec la pensée (par son échange avec la pensée), voici que mon prochain livre s’approche de moi par la modalité inverse. Voici un livre qui fait parler de lui avant d’être écrit (d’une façon différente, il faut dire, de celle que préconise Pierre Bayard et qui est de parler des livres avant qu’ils ne soient lus, et encore différente de la façon de ne pas les lire que j’examinai quant à moi dans L’Écriture postérieure et qui revenait à les écrire afin de mieux les lire) et pour lequel les états du monde se remplissent d’attente plutôt que d’écriture.
Or, comme l’écriture va pour moi dans un seul sens, celui du risque et de l’imprévu et de l’échappée, on peut se demander comment je vais m’échapper, par l’écriture, dans l’écriture de ce livre qui est essentiellement le livre des produits dérivés (des produits de l’écriture, donc) et de leur échappée (c’est-à-dire de leur futur, c’est-à-dire du futur ; car, par leur caractère écrit et envoyé, les produits dérivés ne sont prévus que pour rendre présent cet envoi, de cette manière particulière de rendre le futur présent qui est de le traiter et de l’échanger dans un marché).
La façon de m’échapper, par l’écriture, dans l’écriture de ce livre qui porte sur l’écriture et sur son échappée (c’est-à-dire qu’il porte sur le futur de l’écriture et sur son marché), c’est de trahir les attentes de ceux qui se sont déjà postés dans les futurs « états du monde », tout en étant le plus fidèle possible à mon projet profond et personnel. Or, ce projet, ma réussite personnelle – et mon devoir est d’abord d’en prendre toute la mesure –, c’est d’être enfin parvenu à placer l’ouverture d’un tel livre. Car c’est enfin aujourd’hui, après trois années de publications dans Wilmott, et après que j’aurai réussi à attirer l’attention de Wiley sur mon volume de travail et celle de mes juges sur mon nom et sur ses capacités, que j’ai la possibilité ne fût-ce que d’introduire la question de ce livre.
Ma réussite principale, à ce jour, c’est d’avoir posé la question de la pertinence d’un tel livre et d’avoir donné à ce public la faculté d’y croire. Cela est donc trop beau (et cela débute seulement maintenant) pour que je n’en profite pas et que je n’insinue pas, dans cet étroit passage qui vient de s’ouvrir, la plus grande surprise, le livre le plus définitif sur la philosophie des marchés, le livre le plus radical, au sens qu’il bouleversera toutes les catégories acceptées (celle de probabilité, de risque, de processus temporel, etc.) à la lumière du marché des produits dérivés, en un mot, le livre le plus attendu par moi.
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Ce livre n’a pas de concurrent et l’occasion qui m’est offerte – et, à travers moi, à toute la tradition d’éditeur de Wiley, c’est-à-dire à tout le futur de la discipline et même au futur du domaine académique entier – c’est d’ouvrir et d’occuper aussitôt la totalité du terrain. La façon de m’échapper sera ainsi de mettre dans ce livre, non seulement ce qu’il y a de plus définitif et de plus bouleversant, dans ma pensée, pour la tradition de pensée des produits dérivés, mais ce qui s’y trouve de plus bouleversant pour la pensée philosophique.
Ce que j’aurai anticipé devra prendre ici toute son ampleur ; et si la pensée de Heidegger est aussi fondamentale pour poser la question de l’être du marché et pour me détourner de la « catégorie » vers les « existentiaux », ou celle de Derrida aussi indispensable pour comprendre pourquoi cette question pourra trouver sa réponse à travers les produits dérivés et leur non-fondation, il faut que mon livre devienne un classique philosophique et qu’il apporte quelque chose de fondamental à la tradition philosophique en général.
Ce sera donc le livre auquel mes juges s’attendent le moins mais qui, une fois son écriture et son échappée faites, sera celui auquel ils s’attendaient le plus.
07:57 Publié dans Apparition | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : écriture, philosophie, marché
Commentaires
ben, on vera
Ecrit par : emule | 29.10.2009
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