27.04.2009
Le marché du livre
Il y a le livre du marché, la place du marché, le point du marché, la presse du marché, le marché comme champ de ruines, le dépliant du marché, et maintenant, il y a le marché du livre.
Le livre du marché vient après le marché qui a lui-même été défini comme étant toujours ce qui vient après ; et ainsi, le livre du marché ne peut ni récapituler le marché ni succéder au marché ni s’identifier avec lui, mais plutôt, s’échanger contre lui, créant ainsi, après le marché, non pas un livre, mais le marché du livre ; créant, après l’échange qu’a toujours été le marché, le seul échange qui puisse venir après et qui est que tout le marché va s’échanger contre le livre. Ainsi, le « marché » sera effectivement venu après le marché (comme il se doit, car il est toujours ce qui vient après, absolument), mais en le déplaçant au niveau supérieur où c’est maintenant le livre qui propose ce marché à l’écrivain.
La place du marché est la place de l’éternel retour, celle dont la manière d’y retourner éternellement est de dire qu’on écrit toujours à partir d’elle. Elle est donc la place où se noue l’écriture et où se décide l’écrivain ; la place de laquelle sort l’écrivain en empruntant la voiture-pensée, la pensée automobile, la marque française du territoire.
La Place est la place au numéro infini, la case (square) vide qui relance le dé et qui redistribue le sens et la probabilité. Elle est ma place de marché au sens où elle est ma fourchette de prix : cet intervalle vide où je me tiens debout et où la seule pensée qui me vient est celle qu’il faut déplier vers l’extérieur. Elle est la place à partir de laquelle j’écris toujours, où je m’engage dans le processus de l’écriture qui est forcément géographique et non pas temporel (il est le processus de l’histoire et non pas un processus historique), un processus qui met la distance des points de vue entre les choses, une distance ordinale et non pas métrique ou qui serait à franchir dans un espace cardinal.
Le processus d’écriture est un processus de risque et d’écart (une variance, essentiellement) qui met entre les choses la distance maximale qui est que celles-ci ne se suivront jamais au sein d’un même processus temporel mais que c’est tout le processus, toute la distribution de probabilités, tout le contexte, qui doivent changer pour mener d’une chose à l’autre. Ainsi les choses ne se suivent-elles pas dans le temps, mais comme les étapes du processus géographique : celui du virtuel, celui où le virtuel se différentie plus à chaque étape et qui relance donc, à chaque itération, tout le passé, toute la façon dont les choses et leur distribution auraient dû être pour que le degré de différentiation actuel soit ce qu’il est.
La place du marché est la place qui produit mon écriture, c’est-à-dire ma sortie, mon écart, ma distance ; et comme j’écris toujours à partir d’elle et qu’écrire c’est sortir, cela veut dire que dans la phase de réarmement de l’actuel, dans l’espace de recul du virtuel, elle est la place où je demeure, la place où je me retourne sans cesse : la place que j’habite de cette façon si peu habituelle d’habiter qui ne consiste pas à y être mais à y écrire, non pas à y demeurer mais à y rester à la manière d’un reste et d’un vestige, à la manière d’une ruine sans cesse travaillée par l’immanence.
Le point du marché est le point de retournement et d’inversion où me mènera le dS (et non pas la DS) une fois qu’il se sera injecté sous la surface et que, s’étant accroché à Sydney, à l’autre bout du monde, comme le point de tricot où il nouera le premier fil pour commencer à tisser la fabrique du marché, il aura retourné le globe entier jusqu’à moi comme un gant ou comme un ballon, m’en démontrant le vide, ou plutôt la disparition et la dépose, devant la remontée du local qui n’admet plus de global. Le dS (le véhicule de pointe du marché) me montrera la fin de l’idée de l’orbite, de la communication et du système de positionnement global.
Le local, cette différentiation locale et répétée, n’admet qu’elle-même comme global, puisqu’elle se creuse et se fracture à l’infini, ne débouchant de ce côté-ci que sur le vide (en tout cas sur aucune matière ralentie, sur aucune ligne qui serait définie) et produisant, tissant, de l’autre côté, la surface : une chose, un tissu, une fabrique qui a une dimension strictement supérieure à celle de la ligne.
Le point du marché est le point que je ferai. C’est-à-dire qu’il est le résultat de ma pensée, mon affirmation dans le monde, mais également le point que je ferai au sens où l’on navigue et où l’on fait le point et où l’on s’oriente dans la pensée ; le sens où l’on repère le point du monde où on voulait en venir ; le sens où l’on se repère, mais dans l’espace ordinal non pas cardinal, à l’inverse (c’est le mot) de tout système de positionnement global.
Si la DS doit se transformer en dS, la marque française du territoire devenir la marque du marché et sa fabrique, la voiture-pensée devenir cette écriture infiniment fracturée et infiniment risquée qui va réellement impliquer, cette fois, toute la différentiation du virtuel à chaque angle, alors la place du marché à partir de laquelle j’écris toujours trouvera enfin à Sydney – ce nom de lieu qui est la conjonction du signe et du cygne (noir) et du dS – son inversion, son point, le lieu que je n’habiterai pas plus et auquel, éternellement, je ne retournerai pas moins, mais qui sera malgré tout une arrivée là où la Place était un départ, un envers là où elle était un endroit:
Il sera ma sortie, enfin, dans le monde, mon implication à sa surface, le nœud que j’y aurai fait, l’inversion de mon point (un point à l’envers, un point à l’endroit), ma marque de fabrique, le produit de ma boîte, la limite de fracturation de ma ligne, telle que si la DS est la marque française du territoire le dS sera la marque de la déterritorialisation absolue venue se conjuguer avec la déterritorialisation relative du fractionnement et de l’empiètement des modèles ; il sera le point qui débutera la fabrique du marché et qui formera, avec le point de sortie (la DS et la Place), cette première entaille et cette promesse de l’écrivain, et avec le tour du monde (cette étape de la fiction et de la réplication), le troisième point (l’inversion et la dépose de la boîte : le virtuel comme différentiation infinie) qui est requis pour dresser le plan d’immanence.
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La presse du marché est cela qui fait que le marché nous presse d’écrire et ne nous lâche pas avant que nous n’ayons écrit, mais qu’en même temps il nous bloque, c’est-à-dire que sous cette presse-là, il nous manquera à la fois le sujet sur lequel écrire et le support, le cahier, sur lequel presser pour écrire.
La presse du marché est l’ultime affirmation du virtuel, le commencement du processus géographique du marché, les répétitions et les allers-retours que je commence à faire à Sydney pour expliquer à cette banque, qui a posé la question australienne du marché, pourquoi ma boîte est vide et pourquoi l’outil (que je ne sors même pas d’une boîte afin de le leur « produire » et de le leur vendre) n’est pas l’outil d’écriture du marché au sens de la formule originale et d’un principe de génération transcendant du marché, mais un outil de répétition du marché, un stylet, une mèche, qui ne fait que fracturer la ligne de défense du marché encore plus, et creuser dans l’immanence le vide que ne pourra combler et recouvrir qu’une autre vague d’immanence, signalant ainsi à ces Australiens que pour faire le marché des options vanilles et inverser, inférer, leur surface de prix, il faut s’appuyer sur une ligne plus écrite et plus différentiée encore, celle des prix des options exotiques.
La presse du marché est la phase qui va finir par imprimer le marché, c’est-à-dire qu’elle va achever de le graver du côté du virtuel. Elle me fait continuellement aller et venir à Sydney parce que j’ai du mal à expliquer que rien ne doit désormais se suivre dans le sens du processus industriel ou temporel, que rien ne doit se suivre à l’endroit, mais que tout doit désormais se suivre à l’envers, dans le sens où, pour expliquer le marché, il faut s’y impliquer de plus en plus, et où, pour simplifier et résoudre le problème du marché, pour en occuper enfin le centre et devenir le faiseur du marché, il faut compliquer le problème, explorer jusqu’au bout le processus géographique de complication des payoffs qui fait qu’aux vanilles doivent succéder les exotiques, etc.
La presse du marché est le moment qui annonce la sortie du livre du marché. Car c’est lorsque je me convaincrai que le virtuel est éternel et qu’à la presse du marché il manquera toujours le sujet transcendant, seul capable de décharger enfin la pensée, et toujours le cahier des charges, seul capable de faire débuter l’implémentation actuelle du processus, c’est à ce moment que je réaliserai qu’il faut croiser l’histoire avec la géographie pour débloquer la situation et que, à l’urgence de me faire parvenir le cahier manquant, de faire suivre l’empêchement d’écrire par le dépêchement du cahier, ne pourra jamais répondre, en raison de ce double vide et du vide de l’idée de constater cela, que le retirement dans l’hôtel en face des ruines, ce virtuel du temple, c’est-à-dire l’idée (vide) qui ne regardera plus l’actualité, l’idée qu’il y a, dans le récit de cet empêchement/dépêchement, matière à tirer un livre.
Et ainsi, ceux qui se sont approchés tellement de la ruine au point d’être pressés par elle s’en tireront avec le livre. L’écrivain, censé livrer l’outil d’écriture du marché et donc écrire là, directement ou indirectement, le livre du marché, parviendra à la ruine et à la presse du marché, et c’est le point où il se retirera dans le marché du livre. C’est le moment où il comprendra que le livre du marché, qui ne peut que succéder au marché, ne peut lui succéder qu’à la faveur d’un échange de termes, qu’en devenant le marché du livre.
Le livre retire alors l’écrivain du marché en lui proposant comme marché d’échanger son livre contre le marché et, une fois qu’il sera parvenu à la croix de l’histoire, de se retirer dans l’hôtel, en emportant du récit du double vide et du double manquement la matière d’un livre. Je disais que le livre trouvait dans ce « pas de côté » une ultime différentiation, car c’eût été se replonger dans l’axe de l’histoire et du processus de duplication du marché que de se contenter de rapporter le récit des voyages répétés à Sydney. Au contraire, en me retirant dans l’hôtel virtuel (cette demeure de l’écrivain) qui me tirera sur le champ de ruines, lesquelles me presseront alors d’écrire, me bloqueront et me marqueront de nouveau, me ruineront de nouveau et ne me laisseront de nouveau d’autre choix que de me retirer dans le livre, en me retirant dans l’hôtel virtuel, j’emporte le livre du marché dans la géographie (une manière de le gagner définitivement, donc).
Et ainsi, par le marché du livre, on revient à la place de l’écrivain, qui est la place du marché, ne l’oublions pas. Car il s’agit en premier lieu de livre et non pas de marché : c’est le livre qui s’est déplié entre nos mains et qui s’est trouvé entre nos mains au moment du retirement. Le livre du marché, ce sont tous les hôtels où l’écrivain s’est retiré après avoir été pressé d’écrire par le champ de ruines (après avoir été lui-même imprimé sur le virtuel). Il remporte ainsi le livre, mais en y situant définitivement, cette fois, le risque, c’est-à-dire le marché. Il se retire dans le virtuel, pour de nouveau être tiré sur le champ de ruines, et ainsi il se réarme et il se renoue, il affirme de nouveau le nœud de l’écriture : ce pourquoi on devient écrivain. Il se retire dans le virtuel, là où l’histoire ne se fait plus mais où elle se répète, et où l’écriture peut se faire. Mais il ne s’y retire pas comme dans une demeure. Car il demeure-là par l’écriture, il reste-là par l’écriture, il se ruine par l’écriture.
10:26 Publié dans Immanence | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : marché, écriture, philosophie, histoire
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